Mona Saanouni
07 Juillet 2020•Mise à jour: 07 Juillet 2020
AA / Alger / Abderrazek Ben Abdallah
Le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP) a annoncé, mardi, son soutien à une proposition contenue dans le draft de la réforme constitutionnelle proposée par la Présidence algérienne, s’agissant de la levée, inédite, de l’interdiction imposée à l’armée de participer à des opérations en dehors des frontières du pays.
C’est ce qui ressort d’une déclaration faite par le président du MSP, le principal parti d’obédience islamique en Algérie, Abderrazak Makri, au cours d’une conférence de presse animée, dans la capitale, et qui a été consacrée à la présentation des positions et des propositions de cette formation politique concernant la réforme constitutionnelle proposée.
Elaboré par des experts et des spécialistes du droit constitutionnel, le document portant amendement de la Loi fondamentale algérienne, dévoilé par la Présidence de la République, au mois de mai dernier, comprend, entre autres, des modifications apportées à l’article 29 de l’actuelle constitution.
L’amendement proposé autorise à l’armée de participer à des opérations en dehors des frontières du pays, après approbation du parlement, alors qu’actuellement cela est interdit.
Le président algérien, Abdelméjid Tebboune, avait annoncé, il y a de cela deux jours son souhait de tenir un referendum sur la réforme constitutionnelle, d’ici la fin du mois de septembre prochain, dans l’attente que le comité d’experts achève l’élaboration des propositions soumises par la classe politique.
« Depuis longtemps, nous soulignons que l’on acceptait pas que l’Algérie demeure déconnectée de ce qui se passe dans son environnement », a lancé Makri, dont le Mouvement compte le plus grand bloc d’opposition au parlement (34 membres sur 462).
Et Makri d’ajouter : « Nombreux étaient ceux qui faisaient de la surenchère à l’époque en prétendant que nous voulons changer la doctrine de l’armée. Voilà qu’aujourd’hui, c’est l’institution militaire qui change d’avis ».
« Nous disions comment est-il acceptable que l’Etat soit déconnecté de ce qui se passe en Libye et que tous les pays interviennent alors que nous demeurons loin de notre profondeur stratégique avec qui nous partageons de longues frontières. Et Aujourd’hui nous payons le prix », a-t-il rappelé.
Commentant la crise libyenne, Makri a dit : « Nous sommes menacés dans notre région. Nous ne devons pas faire confiance en la France, les Emirats, l’Egypte, l’Arabie Saoudite et les mercenaires de Wagner et en ce qu’ils veulent faire en Libye ».
« N’eut été les changements qui s’étaient produits et la défaite [du général putschiste Khalifa] Haftar, il serait entré à Tripoli et il serait à nos frontières et l’on aurait été face à un grand problème à cause de cela. Ainsi, nous ne pouvons placer notre confiance en les intentions de ceux-là, dont [le président français Emmanuel) Macron », a-t-il encore dit.
Les milices de Haftar ont lancé, le 4 avril 2019, avec l’appui de pays européens et occidentaux, une campane militaire, contre la capitale Tripoli, faisant de nombreux morts et blessés dans les rangs de la population civile, parallèlement à d’importants dégâts matériels, avant d'essuyer de lourdes défaites.
Par ailleurs, des appels arabes et occidentaux sont lancés pour amorcer le dialogue et identifier une solution politique à une crise qui se détériore depuis des années.