AA/Alger/Karim Kabi
Plus d’un millier de ressortissants nigériens ont été rapatriés lundi dans leur pays, a annoncé mardi un responsable du croissant rouge algérien.
Selon ce responsable, cité par l’agence officielle, APS, «Mille cent quarante (1140) ressortissants nigériens ont été rapatriés vers leur pays d’origine à partir du centre d’accueil à Tamanrasset (extrême sud, plus de 1900 Km sud d’Alger, limitrophe du Niger) dans le cadre d’une opération organisée par les autorités algériennes suite à une demande faite par le gouvernement nigérien », a indiqué Moulay Cheikh.
«Ces ressortissants nigériens, dont c’est le soixante-huitième (68 éme) contingent, ont été d’abord reconduits d’Annaba (Est), d’El Oued (Sud-Est), de Ghardaïa (Sud), de Biskra (Sud-est) et de Laghouat (Sud)vers le centre d’accueil de Tamanrasset», détaille le même responsable.
«Les ressortissants nigériens, dont l’opération de rapatriement a nécessité la mobilisation de 35 bus et 5 camions, ont été accompagnés par des équipes de la protection civile, des représentants du secteur de la solidarité nationale et les services de sécurité », a précisé cette source.
«Une couverture sanitaire a été assurée à ces ressortissants jusqu’à leur arrivée à Agadez, au nord du Niger », a encore ajouté la même source.
Plus de 28.000 ressortissants étrangers ont été rapatriés depuis décembre 2014 à partir du centre d’accueil de Tamanrasset, point principal d'entrée des migrants subsahariens en Algérie, selon le responsable du Croissant rouge.
Cette nouvelle opération a eu lieu alors que le premier Ministre algérien, Ahmed Ouyahia, s’entretenait par téléphone avec son homologue du Niger, Brigi Rafini.
«L'échange a permis aux deux responsables de se féliciter de la qualité des relations de fraternité, de bon voisinage et de coopération qui existent entre les deux pays, conformément aux orientations de leurs excellences, le président Abdelaziz Bouteflika et le président Mahamadou Issoufou du Niger », a indiqué un communiqué du premier ministère, mais sans préciser si l’affaire du rapatriement a été évoquée.
Avant d’être nommé premier ministre, au mois d’août dernier, Ahmed Ouyahia, par ailleurs secrétaire général du RND (Rassemblement national démocratique, 100 députés), deuxième force politique du pays, avait choqué l’opinion et la toile par des propos sur les migrants, accusés d’être « une source de criminalité, de drogue et d’autres fléaux ».
«Ces gens sont rentrés dans le territoire algérien de manière illégale (…) ces migrants sont une source de criminalité, de drogue et de plusieurs autres fléaux", avait déclaré Ouyahia à une chaîne de télévision privée estimant nécessaire de "protéger le peuple algérien de cette anarchie".
Avant lui, un responsable d’un organisme étatique de surveillance et de promotion des droits de l’homme, l’avocat, Me Farouk Ksentini, avait également choqué l’opinion en estimant que les algériens sont « exposés au risque de la propagation du Sida ainsi que d’autres maladies sexuellement transmissibles à cause de la présence de ces migrants», alors qu’une campagne raciste lancée auparavant par des inconnus sur les réseaux sociaux avait suscité un tollé dans le pays poussant la société civile à se mobiliser pour organiser la solidarité autour des migrants.
"Ces personnes ont fui les guerres, la violence et la pauvreté. Ils sont venus en Algérie chercher la paix et la sécurité. Il est de notre responsabilité de les accueillir, conformément aux textes internationaux signés et ratifiés par l'Algérie », avait réagi alors Amnesty international, qualifiant les propos d’Ouyahia de « choquants» et « scandaleux ».
Pour sa part, le président de la ligue algérienne de Défense des droits de l'Homme, (LADDH), avait indiqué que «le migrant n’est ni un délinquant, ni un criminel ou porteur de maladies ».
En octobre dernier, l’ONG, Human Rights Watch (HRW) avait accusé les autorités algériennes de « profilage ».
«Rien ne justifie de regrouper des gens en fonction de leur couleur de peau, puis de les déporter en masse », avait dénoncé dans un communiqué Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW.
L’ONG a fait état alors du renvoi par l'Algérie de plus de 3000 migrants, entre août et octobre.
Des accusations rejetées par les autorités algériennes qui préparent un « fichier national des migrants » présents dans le pays à l’effet de procéder à leur régularisation.
«Une commission nationale est en ce moment même à pied d’œuvre pour la mise en place des mécanismes juridiques, dont le fichier national des migrants qui sera élaboré dans les semaines à venir », a déclaré en octobre dernier le ministre de l’intérieur algérien, Nouredine Bedoui.