Lassaad Ben Ahmed
02 Mai 2018•Mise à jour: 03 Mai 2018
AA / Desk
Seize morts, une centaine de blessés, deux musulmans civils lynchés, un prêtre chrétien tué et une mosquée et une église saccagées à Bangui.
Tel est le bilan d’une journée particulièrement sanglante et agitée dans la capitale centrafricaine, le 1er mai, selon des sources onusiennes, médicales et médiatiques concordantes.
Les affrontements ont eu lieu aux environs du troisième arrondissement du quartier à majorité musulmane, PK5, à la suite d'une attaque à la grenade perpétrée par un groupe d’autodéfense contre une église du 6e arrondissement.
D’après les médias locaux, ce groupe a agi en réaction à l’arrestation de l’un de ses membres par la police.
Les forces de l’ordre et les Casques bleus ont rapidement réagi à cette attaque, ce qui a obligé les membres de ce groupe à se retrancher près du quartier PK5, où la mission onusienne, Minusca, affirme avoir déployé ses troupes.
Deux musulmans civils ont été, par ailleurs, lynchés à Lakounga par des manifestants, selon Médecins sans frontières qui ont diffusé un communiqué dans la journée.
En réaction à cette escalade, les membres du G5 (Nations-Unies, Union africaine, CEEAC, Union européenne, France et Etats-Unis) ont condamné sans réserve, dans un communiqué diffusé dans la soirée, «les attaques contre l'église de Fatima et la mosquée de Lakounga », ainsi que les violences qui ont secoué, mardi, la ville de Bangui.
La Minusca n’a pas donné de bilan de ces hostilités, dans ses trois communiqués de mardi, mais a déploré « la mort des victimes » et souhaité «un prompt rétablissement à ceux qui ont été blessés dans les actes criminels ».
La Minusca a considéré dans l’un de ses communiqués que «ces actes criminels constituent une attaque aux efforts, en cours, sous le leadership du Gouvernement centrafricain pour ramener la paix et la sécurité et promouvoir la stabilisation et le développement de la RCA».
Dans cet ordre d’idées, la Minusca considère que ces actes criminels ont pour but de faire replonger le pays dans un cycle de violence et de vengeance.
Elle a, ainsi appelé les «Centrafricains à faire preuve de modération et résilience et à résister aux manipulations qui veulent faire retomber le pays dans le piège de la violence et de la vengeance, ce que les criminels qui ont perpétré cet acte espèrent provoquer».
Cette escalade intervient au moment où les forces de l’ordre et la mission onusienne tentent de rétablir l’ordre et l’autorité de l’Etat, dans les différentes régions du pays, et ce, par la mise en place de préfectures dans tout l’étendue du pays et en désarmant les différents groupes armés.
Au cours des derniers mois, les musulmans et les mosquées ont été particulièrement ciblés par des attaques armées.
Les plus meurtrières avaient ciblé deux mosquées les 12 et 18 octobre 2017 à Kembé et Pombolo, faisant au moins 150 morts, massacrés lors des prières de l’aube.
Les différentes attaques contre les civils, devenus maintenant répétitives et fréquentes rappellent ceux de 2013 lorsqu’une crise politico-sécuritaire a été déclenchée suite au renversement de l'ancien président François Bozizé par des groupes armés Séléka, entraînant une contre-offensive des milices anti-balakas (à majorité chrétiennes).
Le conflit qui a pris une dimension inter-communautaire a fait quelques milliers de morts surtout dans le rang de la communauté musulmane, selon l'ONU.
La Centrafrique compte environ cinq millions d’habitants et fait partie des pays les plus pauvres au monde, bien que son sous-sol regorge de ressources naturelles et minières dont notamment, l’or et le diamant.