Le Togo à la tête de la CEDEAO : le règne du sauveur ? (expert)
- Lomé a annoncé quatre grands chantiers sous régionaux qui attendent le Chef de l’État Faure Gnassingbé, président en exercice de la CEDEAO pour un an. Hatem Kattou
11 Juillet 2017•Mise à jour: 12 Juillet 2017
TogoAA/Lomé/ Alphonse LOGO
Le Chef de l’État togolais Faure Gnassingbé, président en exercice de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) veut frapper fort en proposant quatre solutions aux différents maux qui rongent la sous-région. Des ambitions qui sont toutefois «difficilement réalisables si chaque Etat n'affiche pas une volonté politique claire d’accompagner ses initiatives », estime Firmin Têko Agbo, chroniqueur politique togolais interrogé par Anadolu.
Vendredi dernier, Prof. Robert Dussey, ministre des affaires étrangères du Togo et président de la conférence des ministres de la CEDEAO avait annoncé lors d’une conférence de presse « quatre chantiers » qui vont marquer la présidence d’un an de Gnassingbé à la tête de la CEDEAO. Ces chantiers portent sur la libre circulation, la paix et la sécurité, l’économie et la santé.
-Une rencontre sur la libre circulation des personnes et des biens
En juin dernier, peu après son accession à la présidence de la CEDEAO, Gnassingbé s’était rendu à la frontière d’Aflao qui sépare le Togo du Ghana. C’est en écho à cette visite que le Togo a décidé d’organiser prochainement « une importante réunion sur la libre circulation des personnes et des biens » qui « permettra à la communauté de reprendre du souffle ».
« Cette conférence posera les problèmes et définira des solutions applicables tout de suite pour lever les barrières de la libre circulation des personnes dans l’espace CEDEAO » a indiqué Prof Dussey sans donner de date précise.
Le ministre togolais a précisé que « le Togo veut impliquer les populations de l’espace communautaire dans l’application des dispositions liées à la libre circulation des personnes et des biens ainsi que responsabiliser les forces de sécurité agissant au niveau des frontières face aux textes en vigueur ».
« Le Togo veut aussi mettre en place un mécanisme d’alerte et de veille en cas d’entrave à la libre circulation des personnes et des biens puis créer une inspection régionale de la libre circulation dans l’espace CEDEAO » a-t-il annoncé.
Au côté de cela, le Togo veut aussi remettre sur pied des chantiers déjà entamés, a indiqué le président de la commission de la CEDEAO, Marcel De Souza, qui co-animait cette conférence. Le Togo veut ainsi s’occuper de «la mise en place de la carte d'identité biométrique» qui peine à démarrer depuis 2 ans, supprimer définitivement les barrières non tarifaires et mettre en oeuvre le tarif extérieur commun de la CEDEAO, a-t-il dit.
-Un sommet extraordinaire pour la lutte contre le terrorisme
D’après Dussey, le Togo prévoit de convoquer « un sommet extraordinaire sur la paix et la lutte contre l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest ».
« L’Afrique de l’Ouest doit maintenant agir de manière urgente pour répondre et lutter efficacement contre ce fléau », a indiqué le chef de la diplomatie togolaise.
« La crise en Guinée Bissau, le maintien de la stabilité politique en Gambie et le processus électoral au Libéria » devront s’ajouter à ce point de l’agenda de Faure Gnassingbé a rappelé M. De Souza.
- Un forum économique
En troisième lieu, convaincu que la CEDEAO constitue une zone en plein essor économique pouvant attirer de potentiels investisseurs, le Togo s’est proposé d’organiser un forum économique entre Etats « pour des partenariats solides afin de drainer plus de ressources et garantir une vie meilleure aux citoyens ouest-africains contre d’éventuelle crise sanitaire ».
-Mettre en place un système de santé efficace
Même s’il a été épargné par l’épidémie du virus Ebola, le Togo souhaite également initier un plaidoyer pour améliorer le système sanitaire de la sous-région.
- Des chantiers difficilement réalisables ?
Pour le chroniqueur politique togolais Firmin Têko Agbo, les ambitions du Togo pour ce mandat d’un an « sont difficilement réalisables ».
«Surtout que le Togo organise de nombreuses rencontres internationales en vue parmi lesquelles le forum annuel de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act en août), le Sommet Israël-Afrique (octobre), la Conférence des ministres de la francophonie (novembre).
Sur le fond s’agissant de la libre circulation des personnes et des biens, poursuit M. Têko Agbo, « la première difficulté du président Gnassingbé sera ses pairs. Aucun parmi eux n’a vraiment la volonté politique de mettre fin à ces tracasseries au niveau des frontières. Et le président Gnassingbé n'a lui même aucun pouvoir pour le faire. Peut être seulement chez lui ».
Au sujet de la paix et de la sécurité, l’expert pense que l’initiative du sommet extraordinaire pour trouver des solutions idoines au terrorisme, sera « un gaspillage d’argent de plus ».
Rappelant « l’annonce en 2015 de la force africaine multinationale mixte de sécurité de 7.000 hommes qui n’est toujours pas opérationnelle, la nouvelle force du G5 Sahel qui coûte aussi chère (423 millions d’Euros difficilement mobilisables)… Je doute que le président Gnassingbé trouve des moyens pour des solutions plus efficaces encore » estime-t-il.
« Concernant le dossier santé, la encore, c’est assez compliqué. En 2000, lors d’un sommet de la CEDEAO, les chefs d'État Africains se sont engagés à consacrer 15% de leur budget à la santé. 17 ans après, combien on vraiment respecté cet engagement? »s’interroge le chroniqueur, avouant que «toute la communauté économique ouest africaine manque cruellement de système de santé efficace ».
« Au Togo à peine 6% du budget est consacré à la santé. Scanner en panne dans les hôpitaux, pas d'eau potable, manques de lits et de médicaments », détaille-t-il en rappelant le dicton « la charité bien ordonnée commence par soi même ».
Enfin, pour l’aspect économique, même ci cela est « bien de mener des réflexions pour accroître la croissance dans la région, en absence de politique interne soutenue, cela n’aboutira pas à grand chose », avertit-il enfin.
L'organisation régionale de la CEDEAO regroupe 15 pays à savoir: le Bénin, le Burkina Faso, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Mali, le Niger, le Togo, le Cap vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée Bissau, le Libéria, le Nigéria et la Sierra Leone.