Présence militaire française au Sahel: vers un fiasco?
Fawzia Azzouz
04 Septembre 2020•Mise à jour: 04 Septembre 2020
FranceAA/France/Fawzia Azzouz
À ce jour, 5 100 soldats de l’opération Barkhane sont déployés au Sahel. Leur mobilisation, justifiée officiellement par la lutte contre le terrorisme est pourtant contestée dans plusieurs pays dont le Mali et le Burkina Faso, où le peuple a maintes fois manifesté contre la présence française en Afrique.
Et les récents événements survenus sur place n’ont clairement rien pour arranger les choses.
Mardi, un civil malien a été abattu et deux autres ont été blessés par des militaires français de Barkhane.
L’Etat-Major des armées a fait savoir dans un communiqué de presse qu’un « bus qui se dirigeait à vive allure en direction du convoi militaire [français] a fait l’objet de sommations verbales et gestuelles, puis d’un premier tir de sommation, alors que la menace de véhicules suicides est élevée ».
« Un second tir de sommation dirigé vers le sol a alors été effectué. Deux balles ont ricoché sur le sol et traversé le pare-brise, blessant trois passagers dont l’un grièvement » poursuit le communiqué, avant de préciser que le blessé grave a succombé à ses blessures à l’hôpital militaire de Barkhane à Gao.
Les réactions à cet incident ont été très nombreuses et le sentiment anti-français s’est très nettement ravivé.
Sur le site du média en ligne Kati 24, plusieurs témoignages ont été relayés, affirmant notamment que « c’est tout sauf un accident, c’est un acte prémédité » et estimant par ailleurs que « les soldats français doivent quitter le Mali au plus vite » et que « les autorités maliennes doivent rompre les accords de défense entre le Mali et la France ».
À noter par ailleurs que la version officielle de l’Etat-Major des armées est clairement contredite par le chauffeur de bus qui maintien n’avoir entendu aucun tir de sommation, comme le rapporte France Info.
Il assure n’avoir entendu que les tirs qui sont à l’origine du drame, ce qui laisse entendre que les militaires français auraient directement pris pour cible le bus sans respecter les procédures normales.
D’autant que l’histoire a déjà montré que la présence de l’armée française en Afrique a déjà conduit à l’exécution de civils notamment en République centrafricaine.
En 2017, un jeune enfant de 10 ans a été abattu par des soldats plaidant « l’erreur », puis très vite enterré, rappelle le site Révolution Permanente.
Dès 2014, une autre histoire sordide a fait couler beaucoup d’encre. Des militaires français en Centrafrique ont été accusés d’avoir violé sans enfants pendant leurs opérations extérieures.
Par manque de preuves et avec toutes les difficultés liées au lieu des exactions, la justice avait finalement rendu un non-lieu en 2018, laissant toutes les questions des parties civiles en suspens.
Si les récents événements ont posé la question de la présence française au Mali au sein même du peuple malien, un autre accident, plus meurtrier encore, a ravivé ce même débat en France.
Le 25 novembre dernier, 13 militaires de Barkhane ont trouvé la mort dans une collision entre deux hélicoptères, pendant un exercice au Mali.
Il s’agit du plus lourd bilan humain de la France dans cette opération depuis son déploiement en 2013.
Selon le politologue Thomas Guenolé, interrogé par RT France « la présence militaire française au Mali, en aucun cas, ce n’est pour combattre le terrorisme et pour défendre la démocratie ».
« Les motifs réels ne sont pas ce qu’on nous raconte. C’est simple, c’est pour protéger l’accès de certaines grandes firmes françaises aux ressources stratégiques du Sahel » assure le spécialiste.
Au delà de Barkhane, la France est notamment partie prenante de la Task Force Takuba, lancée cette année en collaboration avec les alliés européens et « composée de forces spéciales européennes, elle complètera les actions menées par Barkhane au profit des forces armées maliennes », souligne le ministère des armées.
Enfin, Paris contribue aussi à la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), visant au maintien de la paix dans le pays.
Lancée le 25 avril 2013, elle mobilise de nombreux pays dont des soldats tchadiens, sénégalais ou encore togolais.
Le coup d’Etat récemment opéré par des militaires et qui a conduit à la démission forcée de président Ibrahim Boubacar Keita le 19 août dernier, plonge désormais Paris dans l’incertitude.
À noter que cet événement avait été précédé par de nombreuses manifestations populaires à Bamako où les participants réclamaient la fin des compromissions entre Keita et la France.
Après avoir vivement condamné ce putsch et appelé à la libération de l’ancien chef d’Etat, Florence Parly a réaffirmé le maintien des troupes françaises sur place.
Pour l’heure, les pertes françaises au Mali s’élèvent à 48 soldats morts alors qu’ils étaient engagés au cœur de Barkhane.