Hatem Kattou
27 Juillet 2017•Mise à jour: 27 Juillet 2017
AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
La désignation récente de l’opposant congolais Joseph Olengankoy à la présidence de l’organe chargé de veiller au respect et à l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre conclu le 31 décembre dernier et qui prévoit notamment la tenue d'élection présidentielle d'ici décembre 2017, risque en réalité d'aggraver la crise politique qui touche le pays, dénoncent certains membres de l'opposition interrogés par Anadolu.
Issu de la dissidence de la principale coalition de l’opposition, le Rassemblement, Joseph Olengankoy a été désigné lors d’une réunion "express" organisée samedi dernier sous l’égide des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Mandatés par le président Joseph Kabila, les deux responsables sont cependant accusés par le Rassemblement, de poursuivre l’œuvre "dévastatrice" du chef de l’Etat congolais qui consiste, selon François Muamba cadre de la plateforme, interrogé par Anadolu, à "boucher toutes les pistes devant mener à une sortie pacifique de la crise".
L’opposant Vital Kamerhe, ex-président de l'Assemblée nationale, désigné en son absence vice-président de la même institution, a décliné sa désignation affirmant "ne pas être concerné".
A la tête d’une importante frange de l’opposition ayant conclu un accord avec le pouvoir à l’issue d’un dialogue parrainé par l’Union africaine en septembre 2016, il a jugé, dans une déclaration à Anadolu, le choix de Olengankoy de "violation éloquente de l'accord de la Saint Sylvestre".
Son parti, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) a, dans un communiqué, parvenu, dimanche, à Anadolu, affirmé rester mobilisé "afin de faire respecter l’accord de la Cenco (conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), particulièrement la tenue des élections présidentielle, législatives et provinciales avant le 31 décembre 2017".
Le Mouvement de Libération du Congo (MLC) à qui une vice-présidence au sein du CNSA a été attribuée a également renoncé à ce poste indiquant que le processus de désignation et le profil de Joseph Olengankoy jette "un sérieux doute sur Joseph Kabila et de sa majorité à favoriser la cohésion nationale et surtout à conduire le pays vers des élections dans les délais".
Les mêmes critiques ont été exprimées par l’épiscopat congolais qui assurait la pénible médiation des négociations ayant abouti à la signature de l'accord politique du 31 décembre 2016.
Dans une déclaration faite récemment à Anadolu, l’Abbé Donatien Nshole, Secrétaire général de la Cenco dénonçait la violation de l’accord et accusait le pouvoir "de négliger les conséquences de la persistance" de la crise politique dans le pays.
La présidence du CNSA avait déjà été accordée à l’opposant historique congolais Etienne Tshisekedi, mort le 1er février dernier en Belgique, et dont la dépouille n’a jamais été rapatriée ni inhumée à défaut d’un accord entre sa famille et les autorités congolaises.
Au lendemain de la disparition de Tshisekedi, Joseph Olengankoy et quelques cadres s’étaient opposés à la désignation du Tandem Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi pour diriger le Rassemblement, plateforme qui réuni les principaux opposants congolais.
A l’issue d’un consensus au sein de cette dissidence, Olengankoy, se réclamant publiquement "avoir l’ADN de d’Etienne Tshisekedi" avait été désigné président du conseil des sages du Rassemblement, puis président du conseil national de suivi de l’Accord (CNSA) à la place d' Etienne Tshisekedi.
L’actuel Premier ministre Bruno Tshibala fait également partie de cette dissidence, qui a obtenu du président Kabila, outre le poste de Premier ministre, quelques portefeuilles ministériels au sein du gouvernement de cohésion nationale boycotté par la principale branche du Rassemblement.
Seule la majorité présidentielle de Joseph Kabila soutient Olengankoy. Un soutien qui "confirme la stratégie puissante de Joseph Kabila de diviser l’opposition pour mieux régner, passer d’un glissement à un autre", a indiqué dans une déclaration à Anadolu, le député de l’UNC Jean Baudouin Mayo.
A Cinq mois du scrutin présidentiel, la crise politique bat toujours siège en RDC, pays en proie également à une triple crise économique et sécuritaire.
Mais la commission électorale nationale indépendante (Ceni) a d'ores et déjà averti que les élections, dont la Présidentielle, censée avoir lieu en fin d’année n’auront plus lieu.
Elle a justifié sa décision notamment par les opérations d’enregistrements des électeurs qui ne prendront pas fin à temps en raison des violences meurtrières qui secouent la région du Kasaï (Centre).
Convaincus qu’il est possible de tenir ces scrutins dans les délais, l’opposition et la société civile prévoient quant à elles des manifestations pour presser Kabila, au pouvoir depuis 2001 et dont le dernier mandat a pris fin le 19 décembre 2016, à quitter le pouvoir.