Nadia Chahed
04 Avril 2018•Mise à jour: 04 Avril 2018
AA/Kinshasa/Joseph Tsongo
Kavé Mashauri, Nziwa Zawadi, Kahindo Bila, sont des Congolaises dont le seul tort est d'avoir donné naissance à des filles, pour devenir des femmes battues et rejetées par leur époux.
En RDC, les femmes subissent toute sorte de violences aussi bien dans la sphère publique que privée, témoigne la soeur de Kavé Mashauri, notant qu'être battue et répudiée juste parce qu'on a donné naissance à une fille est "autrement plus humiliant et plus douloureux".
Ces cas de violences sont essentiellement recensés dans les zones rurales du pays où la terre constitue la principale source de revenue et revêt de ce fait une valeur particulière à sauvegarder de génération en génération, chose qui sera malheureusement impossible en l'absence d'un héritier.
Ainsi nombreuses sont les femmes qui se retrouvent rejetées et mal menées par leur belle-famille, physiquement torturées et finalement abandonnées par leur mari parce que "incapables" de lui donner un héritier digne de ce nom, déplore dans une déclaration à Anadolu, Kalamatha Hortense, membre de la Dynamique des femmes juristes (DFJ).
La Juriste explique que ce genre de violences est rarement dénoncé, notamment dans les villages où l'obsession d'avoir l'héritier qui portera le nom de la famille est plus poignante.
"Au moins 90% de Congolais vivent de la terre qui constitue, d'ailleurs, leur unique capital", explique à ce propos le sociologue Musongya Serge.
Il rappelle, dans ce même ordre d'idées, que les coutumes locales n'autorisant pas les filles à hériter de leur père, "les terres de celui qui n’aura donné naissance qu’à des filles ne pourront être gardées par la famille".
Souvent c'est la notion de clan qu'on évoque quand il s'agit de succession et d'héritage, note Jean-Marie Muhindo enseignant à l’université du Kivu (Est), soulignant que tout se joue autour de cette notion de clan
"Dans l’inconscient collectif, n’avoir que des enfants filles est une sorte de malédiction, étant donné qu'elle contribue à éteindre son clan", explique le spécialiste.
Un point de vue corroboré par la réalité sur le terrain et les cas de violences envers les femmes qui ne peuvent donner de garçons à leur mari. le garçon étant également perçu comme un rempart social et un soutien durable pour la famille.
"Une fois mariées, les filles s’éloignent de leur famille pour en intégrer une autre, laissant leurs parents seuls et souvent vulnérables", note Tahanga Guylain, un père de famille joint par Anadolu.
Autant de convictions bien ancrées qui poussent des centaines d'hommes à la violence.
La sensibilisation menée aussi bien par la société civile que par le corps médial qui ne cesse de répéter sur les médias que les femmes ne sont nullement responsables du sexe de leur enfant, ne parvient pas à atténuer la situation.
Il y a juste un mois alors que le monde entien célébrait la journée mondiale de la femme, Kavé Mashauri se faisait violenter par un mari mécontent d'être le père d'une fille.
Kanyabayonga, localité de l'Est de la RDC où les faits se sont déroulés, n'en n'est pas à son premier fait-divers du genre.
Deux semaines plus tôt, l’administration locale signalait, en effet, le meurtre d’une autre femme aux alentours de cette localité. La victime, Kahindo Bila a été tuée par son mari simplement parce qu’elle était enceinte d’une autre fille qui allait s’ajouter aux cinq déjà en vie.
Des cas qui suscitent l'indignation des défenseurs des droits de l'Homme et des droits de femmes en particulier.
Jospin Silu activiste de la société civile locale se rappelle, quant à lui, la torture de Nziwa Zawadi, jeune femme mutilée par son mari pour avoir avoir mis au monde deux filles de suite…le drame avait eu lieu en décembre 2017 à Kamandi, un village proche du lac Edouard dans la province du Nord-Kivu.