AA/Istanbul
Belkıs Kılıçkaya a rédigé pour l’Agence Anadolu une analyse sur les effets possibles de l'augmentation de actes antimusulmans aux élections en France, au cours des cinq dernières années.
Emmanuel Macron a mis en garde les électeurs lors de son rassemblement avant le premier tour en affirmant que l'extrême droite s'est banalisée en France, et qu'il n'y a pas de réaction dans les médias et les milieux politiques comme il y a 20 ans. « Nous devons interpeller ensemble, tout le monde, de la social-démocratie au gaullisme en passant par les écologistes, nous tous » a affirmé l'actuel président entre les deux tours des élections présidentielles.
Pourtant, Macron avait énoncé les mêmes propos avant le second tour et le soir des élections en 2017. Il avait déclaré que la France était entraînée dans une grande division, et qu'il envisagerait le pluralisme, relancerait la démocratie, et « lutterait » contre cette situation qui « mine le pays ». « Je veux faire tout ce qui est nécessaire pour empêcher que les votes n'aillent pas à l'extrême droite. » a-t-il martelé.
Le gouvernement Macron a fait perquisitionner près de 25 000 structures dont des mosquées, écoles, associations et lieux de travail et en a fermé 718, dont plus de 20 mosquées et lieu de culte, au cours de la même période. Il a également dissous le Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF), l'une des principales organisations anti-discrimination qui apportait une aide juridique aux victimes de haine islamophobe et raciste.
Ce soir-là, Macron, a été élu sur la promesse d'une société inclusive, ouverte et libérale qui réintroduit le multiculturalisme, pourtant, rejetés par la plupart des médias et des milieux politiques. Mais forcé de constater que personne ne s'attendait à ce qu'il adopte la politique islamophobe prônée par sa rivale Marine Le Pen jusqu'au niveau de l'État, pendant son quinquennat.
La situation en France, récapitulation de ces cinq dernières années
Il est arrivé, ce que l’on n’avait pas vu dans l'histoire de la Ve République. Conséquence directe de la rhétorique, de la politique et de la législation de Macron et de son gouvernement sur l'islam et les musulmans, la France est désormais un pays beaucoup plus musulman et islamophobe qu'elle ne l'était en 2017 à tel point que depuis cinq ans, la France a été le seule pays européen où les musulmans ont été autant stigmatisés et les amalgames entre « le terrorisme », « l’islam », l’islamisme », « immigré » , « musulman » et « communautarisme » n’ont jamais été aussi forts. Par ailleurs, tout ce qui concerne la foi musulmane a été extrêmement « diabolisée ». Une excellente pratique de l'islamophobie, qui n'a jamais existé à ce niveau dans aucun autre pays du Vieux Continent.
Les musulmans décris comme des séparatistes
Maintenant que le président de la France a introduit un concept dit « séparatiste » pour les musulmans, les accusations de séparatisme sont devenues de plus en plus aberrants. Ainsi par exemple, était considéré comme du séparatisme le fait que « dans certaines écoles, certains élèves souhaitent des repas soient servis à la cantine selon leurs convictions religieuses ». Ou alors « une pratique religieuse rigoriste, particulièrement exacerbée pendant le ramadan, le port de la barbe, le fait de ne plus faire la bise, le refus de "faire équipe avec une femme", une pratique "régulière et ostentatoire de la prière rituelle", peut être un signe d'extrémisme » affirmait l’ancien Ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.
On peut également inclure les propos des hommes politiques, dont les membres du parti de Macron, dans les plateaux de télévision.
« Pendant les sorties scolaires, si vous voulez accompagner vos enfants, vous devez enlever votre foulard sans difficulté » affirmait un ministre.
De même on posait la question aux professeurs d’écoles de maternelles, s’ils étaient confrontés à des demandes de séparation de toilettes de filles et des garçons ainsi que les lavabos dans un sondage réalisé par la société IPSOS le 9 décembre 2021. Il faut savoir qu’en France, dans les maternelles, les toilettes sont mixtes.
De plus, la candidate de l'extrême droite serait trop « molle avec les musulmans » selon le ministre de l’Intérieur actuel Gérald Darmanin.
Par ailleurs, on peut mentionner des caricatures effrayantes et ignobles, accrochés sur les murs des bâtiments publics et le cas de trois élèves musulmans de 10-11 ans qui ne les approuvaient pas et qui ont été perquisitionnés et emmenés au commissariat pour interrogatoire à 6 heures du matin avec des policiers armés lourdement.
Toute personne critiquant ces pratiques est accusée d'être des « islamo-gauchistes » et des « collaborateurs », en référence à la période nazie (ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer).
Le 14 février, la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, disait vouloir demander une enquête au CNRS sur "l'islamo-gauchisme" à l'Université, pour pouvoir distinguer recherche et militantisme.
Par conséquent, la France est devenue un pays où être qualifié d'islamophobe est défini comme un exemple de courage (philosophes, politiciens et membres des médias).
La perception musulmane de l'État français
La France a un texte unique appelé "Charte des Imams", qui a été rédigé au niveau de l'État sur l'hostilité antimusulmane. Il peut être vu comme la déclaration officielle, selon laquelle les musulmans sont une entité distincte et dangereuse en vertu de la constitution et des lois françaises.
À en juger par les idées et les actions que les imams et donc les musulmans sont invités à s'engager et donc de ne jamais penser et faire, ils forment une communauté encline à faire toutes sortes de mal, au point de discriminer les personnes malades et handicapées.
La légitimité de l'hostilité envers les musulmans, qui a refait surface en France après la période coloniale dans les années 2000, est désormais une menace non seulement pour les musulmans mais aussi pour l'État de droit, l'UE, les choix stratégiques du pays et ses alliés.
Le texte interdit également toute réaction et critique contre ces perceptions et actions de l'État, car « comme toutes les positions de victimisation, les accusations contre le racisme d'État présumé relèvent également de la diffamation » et « insulter et diffuser de fausses informations sont un crime », pour cela, il est « un impératif moral de les interdire ».
Le gouvernement Macron a fait fouiller près de 25 000 structures musulmanes dont des mosquées, écoles, associations et lieux de travail et en a fermé 718, dont plus de 20 mosquées et lieux de cultes, au cours de la même période. Il a également dissous le Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF), l'une des principales organisations anti-discrimination qui apportait une aide juridique aux victimes de haine islamophobe et raciste.
Avec cette loi sur le séparatisme qui tente d’inventer un « islam de France », les musulmans ont été diabolisés, surveillés en masse, stigmatisés et l’Islam a été décrit comme une religion dangereuse.
Le pire dans tout ça, c’est que cela a été fait non pas dans le cadre d’une laïcité mais selon une hiérarchie culturelle qui englobe des motifs racistes. Les musulmans ont été perçus comme un danger pour « la civilisation », « le mode de vie » ainsi que « les valeurs républicaines ». Cette rhétorique du sentiment d’insécurité a conduit à des violences policières. Pourtant, un électeur lambda est incapable de dire quelles sont les valeurs républicaines en danger.
Hausse des votes de l'extrême droite
Quels ont été les résultats électoraux dans la France de Macron, qui a donné de la visibilité à l’extrême droite pour qu’elle devienne un alternatif crédible voir fréquentable ? A deux reprises, Macron a piégé les électeurs en leur disant « soit c’est moi soit c’est l’extrême droite ». Contrairement à Chirac, qui a gagné l'élection avec 82,21 % contre le leader d'extrême droite Jean Marie Le Pen en 2002, il y a 20 ans, l'écart s'est considérablement réduit en 2017, Macron a obtenu 66 % et Le Pen 34 %.
Lors des élections qui se tiendront ce dimanche, les sociétés de sondage affirment que la différence varie désormais entre 2 et 7 pourcents. Malgré les 27,84 % des voix de Macron au premier tour, Le Pen a obtenu 23,15 %, les deux autres candidats d'extrême droite Zemmour ont obtenu 7,07 % et Nicolas Dupont-Aignan 2,28 %. Ainsi, le vote total de l'extrême droite était de 32,50 % au premier tour. Il est important de rappeler que, Zemmour a battu un record en obtenant 53,59 % des voix des Français en Israël, bien qu'il se soit directement engagé dans une propagande raciste et antimusulmane, ainsi que dans une rhétorique antisémite sur des cas historiques !
Les deux partis traditionnels de gauche et de droite du pays ont été affaiblis lors des dernières élections, cette fois enterrés. Pécresse, chef du parti de centre-droit de tradition gaulliste, a obtenu 4,78 % des voix, tandis que la candidate socialiste, la maire de Paris Anne Hidalgo, a obtenu que 1,75 % des voix.
D'autre part, Jean-Luc Mélenchon, l'ex-trotskyste et ultra-gauchiste chef du parti de La France Insoumise, s'est placé juste derrière Le Pen avec un écart de 1,2 %, soit un succès surprenant de 21,95 %. Selon les données des sociétés de sondage, ce score s’explique aussi par le fait que les musulmans ont massivement voté à près de 70% pour Mélenchon qui aurait pu presque se qualifier pour le second tour avec Macron.
Selon leurs déclarations dans divers médias, bien qu'ils ne se sentent pas idéologiquement proches, les musulmans ont décidé de voter pour lui car « il ne nous humilie pas, ne nous pointe pas du doigt, ne cache pas de vrais problèmes en créant la peur à notre sujet, et condamne cette inimitié ».
Les élections législatives de juin sont importantes
Il faut souligner une fois de plus pourquoi tous les électeurs français sont appelés à s'unir aujourd'hui, sous prétexte de « responsabilité historique » contre Le Pen, représentante de l'extrême droite. Bien évidemment, ce ne sont pas les mesures économiques qui font d'elle une figure de l'extrême-droite ou le retrait de la France de l'aile militaire de l'OTAN. Rappelons que De Gaulle avait également retiré son pays de l'aile militaire de l'OTAN en 1966.
Marine Le Pen ne déclare pas qu'elle « retirerai la France de l'UE », mais qu'elle « assurerai la suprématie du droit constitutionnel sur le droit européen en organisant un référendum d'une manière qui crée une situation de fait. »
Le Parti conservateur, qui a dirigé le Brexit lors du 1 février 2020, n'est pas un parti d'extrême droite après tout. Alors, cette promesse, un peu ambiguë, ne suffit pas à faire d'elle une idole d'extrême-droite. Il y a un « ennemi », ciblé par l'extrême droite, révélé et visé par la position politique : les musulmans et les immigrés.
La légitimité de l'hostilité envers les musulmans, qui a refait surface en France après la période coloniale dans les années 2000, est désormais une menace non seulement pour les musulmans mais aussi pour l'État de droit, l'UE, les choix stratégiques du pays et ses alliés.
Face à elle, Macron a remis sur la table ses vieilles recettes en envoyant des signaux de bienveillance à l’égard des musulmans.
Lors du débat télévisé qui a opposé les deux candidats, le président actuel a affirmé « qu’il ne voulait pas d'une France qui empêche les musulmans ou les juifs de manger comme leur religion le prescrit » car « non, ce n'est pas nous ! ». De plus, il a critiqué la volonté de Marine Le Pen d’interdire le voile dans la rue.
« Madame Le Pen dit qu'en interdisant le foulard, vous affirmez donc que vous ne serez pas la Présidente de tous les Français » lançait Macron à sa rivale même s’il n’était pas très sincère dans ce discours.
Cependant, pour comprendre l'efficacité de la propagande selon laquelle « si Le Pen est élu, la France quittera l'UE et l'aile militaire de l'OTAN », il faut regarder les résultats des élections législatives qui se tiendront en juin, pas seulement dimanche prochain.
*Les idées des articles appartiennent à l'auteur et peuvent ne pas refléter la politique éditoriale de l'Agence Anadolu.
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Que promettent les candidats à la présidentielle, Macron ou la candidate de l'extrême droite Le Pen ?
Alors que le président Emmanuel Macron met en avant les enjeux économiques et climatiques, l'immigration tient une place importante dans les promesses électorales de Marine Le Pen.
Election présidentielle
24 avril
EMMANUEL MACRON, actuel président
MARİNE LE PEN, candidate de l’extrême droite
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