AA / Ramallah (Cisjordanie occupée) / Awadh Rajoub
En plus de la réussite des factions palestiniennes à s'affirmer sur la carte politique et à imposer leur mot sur le terrain, leur principale réalisation consiste, selon deux experts politiques, au cours de la dernière bataille, à avoir unifié le peuple palestinien, partout où il se trouve.
Les deux experts palestiniens estiment qu’après « le cessez-le-feu mutuel décrété, vendredi à l'aube, le plafond des revendications des factions de la Résistance palestinienne s’est hissé des simples demandes humanitaires à celui des questions stratégiques, parallèlement à la mise en place de l'équilibre de la terreur avec l'Occupation et de la prise de l'initiative de combattre, initiative longtemps accaparée par Tel-Aviv, tout en mettant à nu la fragilité de la situation interne en Israël et en gelant la vie dans ce pays ».
Un cessez-le-feu est entré en vigueur, vendredi à l'aube, entre les factions de la Résistance palestinienne et Israël au terme de 11 jours d'agression contre la Bande de Gaza.
- Redorer le blason de la Palestine
L'analyste politique et expert en Affaires israéliennes, Adel Chadid, a indiqué que « le principal acquis engrangé au cours de ce round qui vient de s'achever est d’avoir redoré le blason de la Palestine en tant que Cause nationale, loin de toute considération séparatiste étroite ».
Dans une déclaration faite à l'Agence Anadolu, Chadid a ajouté que « cette bataille a réaffirmé que le combat est entre le peuple palestinien et son Mouvement national, d'une part, et Israël d'autre part, et ce, malgré les tentatives, des décennies durant, de morceler et de diviser le peuple palestinien ».
L'expert a poursuivi : « La réalisation stratégique consiste à ce que le peuple palestinien ressente pour la première fois l'extase de la victoire et le rétablissement de la dignité. Il s’est, également, approprié une force à même de dissuader Israël et de contraindre ses habitants à se tapir dans les refuges et les abris ».
Chadid a relevé que « les Palestiniens en Cisjordanie occupée et à Gaza ainsi que dans les Territoires de 1948 et ceux de la Diaspora se sont élevés de sous les décombres après que de nombreux observateurs ont parié sur la liquidation de la Cause et de transformer le peuple palestinien en des tribus désunies et qui ne peuvent plus être rassemblées ».
« A la faveur de la renaissance du peuple, partout où il se trouve et toutes composantes confondues, les Palestiniens se redéfinissent et considèrent, à nouveau, Israël en tant qu’ennemi et non pas en tant que voisin ou partenaire, comme certains ont eu l’illusion à un certain moment », a-t-il ajouté.
Dans une autre lecture des résultats de l'agression contre Gaza, Chadid estime que « cette bataille a permis de montrer Israël sous son vrai visage, à savoir celui d'un Etat voyou qui ne saisit que le langage de la force, lequel langage a régi ses relations avec les Palestiniens et les Arabes depuis 73 ans ».
- Eradiquer le projet de normalisation
Parmi les principaux résultats de cette guerre, selon l'analyste palestinien, est que « Hamas a saisi le piège qui lui a été tendu pendant des années et des tentatives de l’isoler et de la cramponner dans la Bande de Gaza, et partant de faire échouer le projet de libération et d'éparpiller la représentativité palestinienne ».
« En revanche, a-t-il dit, Hamas s’est extirpé aujourd'hui du fond de la bouteille et a ressuscité la Cause et le Mouvement national ».
Et Chadid de poursuivre : « Nous faisons face aujourd'hui à un événement stratégique, dès lors que la question ne se limite pas à un missile ou à une roquette tirés ici ou là et qui atteint une localité ou une ville. Non, il s'agit autant d'une étape décisive dans l'histoire des relations palestino-israéliennes ».
« Israël ne pourra plus traiter les Palestiniens comme auparavant », a-t-il martelé.
Un autre message a été adressé, selon l'expert, « aux pays qui ont normalisé leurs relations avec Israël et qui pensaient pouvoir véhiculer l’idée selon laquelle la Cause palestinienne a été achevée ».
« Ce message consiste à ce que le peuple se lève de sous les décombres pour dire haut et fort que la normalisation ne pourra jamais réussir », a-t-il affirmé.
« Le message adressé aux Régimes qui ont sollicité la protection d'Israël, en pensant que l'Etat hébreu les protégera contre l'Iran, alors qu’Israël est incapable de se protéger et de protéger ses airs, ses citoyens, ses ports et aéroports des frappes d'une faction palestinienne. Comment donc Israël réussira-t-il à vous protéger », a expliqué Chadid.
Il a ajouté que « l'après-guerre sera différent de ce qui l’a précédé », s’interrogeant à ce propos : « Quelle serait la position d'Israël face à ses alliés américains qu'ils ont incrusté dans la région pour protéger leurs intérêts, alors que l'Etat hébreu est désormais incapable de s’autoprotéger ?».
- Israël ne pourra plus prendre l’initiative
Le journaliste et analyste politique, Nawaf el-Amer a abondé dans le même sens que notre premier interlocuteur, en soulignant que le « principal acquis tiré du dernier round de confrontation est l’unification du peuple palestinien, partout où il se trouve, en adressant un message en vertu duquel qu’uni, ce peuple est en mesure de réaliser des objectifs initialement impensables ».
« Il a été prouvé à tous que la Résistance est l'unique et seule option apte à engranger des acquis, à l’opposé du cuisant échec du processus de négociations et de ses sympathisants », a-t-il ajouté.
El-Amer s’est dit « favorable à la décision prise par le président palestinien, Mahmoud Abbas, portant annulation des élections prévues initialement le 22 mai courant, dès lors que le peuple a déjà voté en versant son bulletin dans les urnes de la Résistance et du peuple dans la Bande de Gaza ».
« Après la guerre de 2014, Israël ne pouvait plus prendre l’Initiative d’attaquer et continue à recevoir les coups. Son rôle consistera à réduire l’impact des frappes affectant sa profondeur stratégique », a-t-il dit.
« La Résistance palestinienne a répondu aux grandes interrogations portant sur les espoirs et ambitions du peuple et sur le projet de libération. Jérusalem en a été l'illustration et le retrait de l'Occupation la revendication », a-t-il indiqué.
Depuis le 13 avril dernier, la situation s'est embrasée dans les Territoires palestiniens occupés en raison des agressions barbares perpétrées par la police israélienne et les colons dans la ville sainte de Jérusalem, en particulier à la Mosquée al-Aqsa et dans le quartier de Sheikh Jarrah, dans une tentative d'évacuer 12 maisons palestiniennes pour les remettre indument aux colons.
La situation s'est tendue davantage le 10 mai courant, lorsque les avions de chasse israéliens ont bombardé la Bande de Gaza, faisant 232 martyrs, dont 65 enfants, 39 dames et 17 personnes âgées, et plus de 1900 blessés, dont 90 sont dans un état grave.
Douze Israéliens ont été tués et plus de 600 autres ont été blessés des suites des tirs de roquettes et de missiles par la Résistance palestinienne depuis la Bande de Gaza, selon « l'Etoile rouge de David ».
* Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
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