AA - Paris - Bilal Muftuoglu/Hajer M'tiri
Plusieurs organisations françaises de défense des droits de l'Homme ont qualifié de « scandaleuse » et «illégale » l'interdiction de porter une jupe « trop longue », imposée à une jeune élève musulmane.
Cette jupe a été jugée comme un « signe ostentatoire d’appartenance religieuse ».
Sarah, 15 ans, s'est vue refuser l'entrée dans son école à deux reprises par l'administration scolaire pour le port d’une longue jupe noire, considérée comme une « provocation » par l'Académie de Reims, à Charleville-Mézières, dans le nord de la France.
Dans son communiqué, l'Académie a soutenu que des « actions revendicatrices et concertées d'élèves, qui font suite à d'autres incidents plus visibles liés, par exemple au port du voile, le cadre laïque de l’enseignement doit être fermement rappelé et garanti ».
Réagissant à cet incident, le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie, Abdallah Zekri, a confié à Anadolu qu'il trouve « scandaleux et inacceptable » qu'une jeune fille a été interdite de cours au motif de la violation des principes de la laïcité.
Dans ce sens, il a ajouté : « Porter une jupe longue n'a rien d'ostentatoire. La jeune fille a respecté la loi de l'interdiction de porter le voile dans son établissement scolaire, ainsi je ne vois pas de quelle laïcité ils parlent: celle qui exclut les gens, celle qui n'accepte pas les autres. »
Zekri a par ailleurs ajouté que les autorités françaises devront arrêter cette « exclusion » pour ne pas voir « ces jeunes filles partir en Syrie, lassées d'être opprimées en France ».
« L'exclusion doit cesser et on doit lancer un dialogue », a-t-il insisté, soulignant qu’ « il s'agit d'une hystérie collective contre les musulmans et l'islam en France », et que « cela doit cesser immédiatement ».
Pour Elsa Ray, porte-parole du Collectif contre l'islamophobie, cette interdiction ne relève pas d'un acte isolé.
« Dans les deux dernières années, nous avons traité des centaines de cas similaires. Ces derniers mois, certaines filles ont été interdites de cours pour porter des jupes jugées trop longues à Montpellier », a-t-elle indiqué dans une déclaration à Anadolu.
En 2014, près de 130 élèves se sont vus refuser l'entrée en classe pour avoir porté des signes religieux ostentatoires, selon le Collectif.
« L'interdiction de cours pour une telle raison est contre la loi, il s'agit d'une atteinte à la liberté de ces jeunes filles qui ont le droit comme les autres de s'habiller comme elles veulent », a encore assené Ray, appelant la ministre de l'Enseignement, Najat Vallaud-Belkacem, à « intervenir le plus vite possible pour arrêter cette folie ».
« Il est discriminatoire, injuste et très violent pour ces jeunes filles de vivre dans cette exclusion », a-t-elle regretté.
Les internautes ont, de leur côté, fait part de leur opposition à cette interdiction ainsi que de leur soutien à Sarah et à d'autres filles musulmanes sur les réseaux sociaux.
Le hashtag « #JePorteMaJupeCommeJeVeux » était parmi les sujets les plus populaires sur Twitter mercredi et jeudi matin.
Certains ont partagé les photos des stars hollywoodiennes sur le tapis rouge portant des jupes longues, comme Angelina Jolie et Emma Watson, encore celles de la Première Dame des Etats-Unis, Michelle Obama, y ajoutant le commentaire: « Désolé, vous ne pouvez pas aller à l'école en France. Vos jupes sont trop longues ».
Sarah, qui a commencé à porter le voile l'an dernier, le retire à l'entrée de son école, « tous les matins avant d’entrer au collège », selon ses parents.
S'exprimant sur les colonnes du quotidien local, l'Ardennais, cette jeune fille a affirmé : « Cette jupe n’a vraiment rien de particulier, elle est toute simple, elle n’a rien d’ostentatoire. Il n’y a aucun signe religieux du tout ».
La loi sur les signes religieux en France interdit les élèves de porter des signes « ostentatoires », dont le voile islamique, la kippa (pour les juifs) ou encore la croix (pour les chrétiens).