Şerife Çetin
24 Décembre 2025•Mise à jour: 24 Décembre 2025
AA / Bruxelles / Serife Cetin
Des experts ont estimé que le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a « échoué » et sera jugé sévèrement par l'histoire pour avoir rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et qualifié Israël d'« État démocratique ».
David Cronin, rédacteur pour le site The Electronic Intifada et auteur des livres Europe's Alliance with Israel (L'Alliance de l'Europe avec Israël) et Balfour's Shadow (L'Ombre de Balfour), ainsi que le professeur Kenneth Roth, ancien directeur de Human Rights Watch (HRW), ont livré leurs analyses à Anadolu.
L'écrivain David Cronin a souligné que la Grèce a prouvé qu'elle était un allié fidèle d'Israël, tant avant que pendant le génocide à Gaza.
Attirant l'attention sur un dossier récemment publié par le quotidien israélien The Jerusalem Post, qui se félicitait de la manière dont les fabricants d'armes israéliens profitent des efforts de « modernisation » des capacités militaires grecques, Cronin a déclaré : « Parmi les entreprises bénéficiant de ce processus figure Israel Aerospace Industries, qui se vante personnellement de jouer un rôle clé dans la guerre menée contre Gaza. L'empressement de la Grèce à acheter des armes à Israël est, en tout temps, honteux. »
Cronin a affirmé que le maintien d'une coopération aussi étroite avec Israël expose la Grèce à des accusations de complicité de génocide, avertissant que « fournir de l'aide à un génocide constitue une grave violation du droit international ».
- « Mitsotakis semble être en compétition avec le chancelier allemand Friedrich Merz »
« Kyriakos Mitsotakis semble être en compétition avec le chancelier allemand Friedrich Merz. Tous deux ont rendu visite à Netanyahu cette année », a estimé Cronin, soulignant que le but de ces visites n'était pas d'assurer que Netanyahu soit juridiquement puni pour génocide ou arrêté.
Rappelant pourtant que ces dirigeants ont une telle obligation, Cronin a ajouté : « L'objectif est de montrer que la Grèce et l'Allemagne sont aux côtés d'Israël. Mitsotakis et Merz ignorent à leur convenance le fait qu'ils sont parties au Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) et que la Cour a émis un mandat d'arrêt contre Netanyahu ». « L'histoire les jugera sévèrement », souligne Cronin.
- « Mitsotakis a échoué »
De son côté, l'ancien directeur de HRW, le professeur Kenneth Roth, a précisé que si Netanyahu se rendait en Grèce, le gouvernement grec aurait l'obligation de l'arrêter en vertu du mandat émis par la CPI.
Notant toutefois qu'aucune disposition n'interdit formellement à Mitsotakis de rencontrer Netanyahu, Roth a nuancé : « La vraie question est de savoir quel était le but de cette rencontre. Sur ce point, Mitsotakis a échoué. Qualifier Israël d'"État démocratique" revient à ignorer l'occupation illégale qui perdure en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza, le régime d'apartheid imposé dans ces régions et à quel point Israël est loin d'être démocratique. »
Rappelant que Mitsotakis avait déjà rencontré l'Autorité palestinienne et confirmé le soutien de la Grèce à celle-ci, Roth a cependant noté que le Premier ministre grec n'a pas explicitement déclaré que l'Autorité palestinienne devait jouer un rôle dans la transition à Gaza, ni même exprimé son soutien à un État palestinien, contrairement à de nombreux gouvernements occidentaux.
« La visite de Mitsotakis ne signale aucune prise de distance vis-à-vis du gouvernement génocidaire d'Israël », a averti Roth en conclusion.
- La Grèce approfondit ses relations avec Israël
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et le dirigeant de l'Administration chypriote grecque Nikos Christodoulides se sont réunis, lundi, lors d'un sommet tripartite organisé à Jérusalem-Ouest.
Alors que l'accent a été mis sur la « défense » lors de ce sommet, la démarche de Netanyahu, de plus en plus isolé sur la scène politique internationale, a suscité des commentaires selon lesquels il « cherchait un rapprochement avec Mitsotakis ».
Mitsotakis, qui avait déjà rendu visite à Netanyahu le 1er avril 2025, était devenu « le premier dirigeant européen à rencontrer physiquement le Premier ministre israélien après l'émission par la CPI d'un mandat d'arrêt à son encontre pour crimes de guerre commis à Gaza ».
* Traduit du turc par Mariem Njeh