Ümit Dönmez
13 Décembre 2024•Mise à jour: 14 Décembre 2024
AA / Paris / Ümit Dönmez
À peine nommé Premier ministre, François Bayrou a livré ses premières impressions devant la presse, à la sortie du Haut-Commissariat au Plan, ce vendredi. Conscient des défis à venir, il a reconnu la gravité de la situation politique et sociale du pays. « Je pense que tout le monde mesure la difficulté de la tâche », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Je pense aussi que tout le monde se dit qu'il y a un chemin à trouver pour rassembler les gens. La réconciliation est nécessaire. »
Pour rappel, François Bayrou, président du Mouvement démocrate (MoDem), a été nommé Premier ministre par le Président français Emmanuel Macron, selon un communiqué publié ce vendredi par l'Élysée. Après une rencontre prolongée vendredi matin avec le chef de l’État, le Haut-Commissaire au Plan a reçu pour mission de former un gouvernement.
Le leader du centre-droit devient le quatrième chef du gouvernement depuis la réélection d’Emmanuel Macron en avril 2022. Cette annonce intervient après une semaine de consultations menées par le président de la République, marquées par une volonté affichée de trouver une majorité d’adhésion au sein de l’Assemblée nationale.
Michel Barnier, Premier ministre sortant, renversé par une motion de censure la semaine dernière, a exprimé ses remerciements à ses ministres dans un message personnel diffusé avant la passation de pouvoir. « Les circonstances politiques en ont décidé autrement », a-t-il écrit, tout en regrettant de ne pas pouvoir continuer à œuvrer à la tête du gouvernement.
Le remplacement de Barnier s'inscrit dans un contexte politique tendu, amplifié par la censure votée par 331 députés — notamment de l'alliance de gauche NFP qui inclut LFI, le PS, les écologistes et les communistes — ainsi que des divisions marquées au sein des forces parlementaires. Pour tenter d’apaiser ces tensions, Emmanuel Macron avait invité les partis favorables à un compromis à des discussions en début de semaine.
La nomination de François Bayrou à Matignon, ce vendredi, suscite des réactions contrastées dans l’arène politique française. La France insoumise (LFI) a rapidement annoncé son intention de déposer une motion de censure contre le nouveau Premier ministre.
Par la voix de Mathilde Panot, présidente du groupe à l’Assemblée nationale, LFI a fustigé un choix qu’elle qualifie de "sursis" pour Emmanuel Macron, appelant à une rupture nette avec les politiques menées jusqu’à présent.
Dans un tweet, Panot a affirmé que deux choix s’imposaient désormais au pays : "la continuité des politiques de malheur" ou une "rupture". Pour elle, les députés devront également se positionner entre "le soutien au sauvetage de Macron" et la censure, avant de conclure : "Nous avons fait le nôtre."
Face à cette posture tranchée, Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement national (RN), a adopté une approche plus prudente. Interrogé sur LCI, il a estimé qu'il n’était pas pertinent de censurer François Bayrou "maintenant", arguant que "nous ne savons pas quelle sera sa feuille de route". Chenu a toutefois rappelé que le RN évaluerait les actes du nouveau Premier ministre avant de prendre une position définitive.
D’autres personnalités politiques ont également exprimé leurs avis. Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts, a déploré sur X un "mauvais théâtre de boulevard" sans s'exprimer sur une éventuelle motion de censure. Même son de cloche pour Fabien Roussel, leader du Parti communiste, a quant à lui critiqué une nomination qu’il considère comme "une mauvaise nouvelle", tout en appelant à "un changement de cap politique".
Le Parti socialiste, pour sa part, a exprimé sa désapprobation dans une lettre adressée à François Bayrou. Olivier Faure et plusieurs cadres du PS y dénoncent le choix d’un Premier ministre issu du camp présidentiel, estimant qu’il aggrave « la crise politique et démocratique ». Le PS a réitéré sa position : il ne participera pas au gouvernement et restera dans l’opposition, tout en demandant au Premier ministre de renoncer à l’usage du 49.3 pour « éviter une nouvelle censure ».
Du côté de la majorité présidentielle, Gabriel Attal a salué sur X les "qualités" de François Bayrou, affirmant que ce dernier saurait défendre "l’intérêt général" et œuvrer pour "l’indispensable stabilité que les Français attendent".
Alors que les Républicains n'ont pas encore rendu publique leur position officielle, Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a réagi en souhaitant que François Bayrou « s’attaque résolument aux immenses défis auxquels la France est confrontée », tout en appelant à remettre de l’ordre dans les finances publiques et dans la République.