Ümit Dönmez
05 Juin 2024•Mise à jour: 05 Juin 2024
AA / Paris / Ümit Dönmez
Le Conseil des Gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a adopté une résolution importante concernant l’Iran ce mercredi après-midi.
Par voie d'un communiqué, les gouvernements de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni ont exprimé leur soutien à cette résolution. "Il s’agit d’une réponse au refus persistant de l’Iran de coopérer de bonne foi avec l’AIEA afin de clarifier les questions en suspens liées à la détection de matières nucléaires non-déclarées sur plusieurs sites en Iran", indique le communiqué.
Selon la même source, il y a dix-huit mois, le Conseil des Gouverneurs de l’AIEA avait déjà souligné l'urgence pour l'Iran de se conformer à ses obligations de garanties au titre du TNP (Traité de non-prolifération) afin de permettre à l'Agence de vérifier qu'aucune matière nucléaire n'est détournée.
"Depuis, l’Iran a systématiquement refusé à l’Agence toute coopération de substance, encore diminué les accès de cette dernière en retirant les accréditations d’inspecteurs expérimentés et multiplié les déclarations provocatrices qui sont contraires aux obligations de l’Iran au titre du TNP," poursuit le communiqué.
En dépit des efforts constants du Directeur général de l’AIEA pour engager un dialogue substantiel avec l’Iran, ce dernier n’a pas accompli de progrès pour résoudre ces questions. Le communiqué ajoute : "Le Conseil ne peut pas rester inactif alors que l’Iran remet en cause les fondements du régime de non-prolifération et sape la crédibilité du système international des garanties."
Avec cette nouvelle résolution, "le Conseil adresse un message fort et renouvelé en soutien aux efforts inlassables de l’AIEA et de son Directeur général pour résoudre cette question."
Le texte souligne également l’importance pour l’Iran de coopérer avec l’Agence et de fournir des explications techniquement crédibles pour répondre aux questions de l’Agence.
"Cette résolution soutient l’Agence dans la poursuite de son dialogue avec l’Iran afin de clarifier l’ensemble des questions en suspens en matière de garanties, tout en ouvrant la voie à d'autres mesures pour tenir l’Iran responsable si ce dernier ne réalise pas de progrès concrets."
Enfin, le communiqué précise que si l'Iran coopère efficacement avec l’Agence et que le Directeur général est en mesure de rendre compte du fait que les questions non résolues liées à l’application des garanties en Iran ont trouvé une réponse, "le Conseil pourrait alors clore l’examen de cette question. Nous espérons que l’Iran saisira cette opportunité pour clore ces questions non résolues afin qu’aucune action supplémentaire du Conseil ne soit nécessaire."
En amont de cette réunion, Mohammad Eslami, chef de l'Organisation de l'énergie atomique d'Iran (AEOI), a averti mardi que l'Iran réagirait fermement si une résolution anti-iranienne soumise par les États européens au Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) était approuvée.
Selon le "Tehran Times", Eslami a déclaré que l'Iran "répondrait certainement à l'approbation de la résolution anti-iranienne sur le programme nucléaire." La résolution soumise lundi accuse l'Iran de manquer de coopération avec l'AIEA.
Il a ajouté que l'Iran réduit actuellement ses engagements envers le Plan d'action global conjoint (JCPOA) conformément à une loi parlementaire.
"Les parties opposées n'ont pas respecté leurs engagements dans le cadre du JCPOA sur le programme nucléaire iranien, et l'Iran, à son tour, a réduit ses engagements. Actuellement, l'Iran est en phase de réduction des engagements", a précisé Eslami.
En janvier 2016, l'Iran et le groupe P5+1 (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France et Allemagne) ont signé le JCPOA, qui limitait le programme nucléaire de Téhéran en échange de la levée des sanctions occidentales contre le pays. Washington s'est retiré unilatéralement de l'accord en 2018 et a réimposé des sanctions contre l'Iran. Le trio européen, bien que toujours officiellement partie de l'accord, a suivi les États-Unis en cessant tout commerce avec l'Iran.
En 2020, le Parlement iranien a adopté un projet de loi connu sous le nom de Plan d'action stratégique pour contrer les sanctions en réponse au non-respect du JCPOA par l'Occident. En vertu de cette loi parlementaire, l'administration iranienne est tenue d'accélérer le développement du programme nucléaire pacifique du pays au-delà des limites fixées par le JCPOA.
"Nous respectons la loi (parlementaire sur) l'action stratégique pour la levée des sanctions en ce qui concerne le JCPOA. Les activités nucléaires de l'Iran dans le cadre de l'action stratégique sont conformes au cadre des garanties", a expliqué Eslami.
Les sites nucléaires iraniens sont les installations nucléaires les plus inspectées au monde.
Malgré l'opposition de l'AIEA au fil des années, Téhéran affirme avoir toujours veillé à ce que la nature pacifique de son programme nucléaire soit clairement établie pour l'agence de surveillance. Cependant, différents responsables iraniens ont averti ces derniers mois que le pays pourrait décider de changer sa doctrine nucléaire sous une pression injuste.