Dilara Karataş
21 Août 2026•Mise à jour: 21 Août 2026
Les organismes marins qui s’accumulent sur la coque de plus de 1 500 navires bloqués à la suite de la fermeture du détroit d’Ormuz, sur fond de tensions entre les États-Unis et l’Iran, pourraient être transportés vers différentes régions du monde lorsque les bâtiments reprendront leur navigation, créant potentiellement un effet de « super-propagation » des invasions biologiques à l’échelle mondiale.
Une étude publiée dans la revue Biological Invasions révèle que les biosalissures, composées de microorganismes marins, d’algues et d’invertébrés, peuvent se développer rapidement sur la coque des navires immobilisés pendant une période prolongée.
Selon l’étude, plus de 1 500 grands navires marchands se sont retrouvés bloqués après la fermeture du détroit d’Ormuz, le 28 février.
La présence prolongée de ces navires dans la région permet aux organismes locaux de coloniser leur coque, tout en réunissant sur les mêmes bâtiments des communautés d’organismes provenant de différentes régions du monde.
Mario Tamburri, professeur à l’Université du Maryland et auteur principal de l’étude, a déclaré à Anadolu que la situation actuelle constituait le « pire scénario possible » par rapport aux précédents épisodes durant lesquels des navires avaient été contraints d’attendre pendant de longues périodes.
Selon Tamburri, le risque résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs.
« Premièrement, le nombre et la taille des navires qui sont restés immobilisés et, deuxièmement, le fait que cette situation coïncide avec le printemps et l’été, périodes de croissance et de reproduction des organismes marins », a-t-il expliqué.
Soulignant que les organismes marins de la région sont adaptés à des conditions environnementales difficiles, notamment aux températures élevées et à la forte salinité, Tamburri a indiqué que ces caractéristiques pourraient augmenter la probabilité qu’ils deviennent envahissants lorsqu’ils sont transportés vers d’autres régions.
Il a également relevé que les possibilités de gérer les biosalissures de manière sûre et efficace sur les navires immobilisés dans le Golfe étaient limitées.
Selon lui, le risque pourrait encore s’accroître lorsque les navires quitteront la région et rejoindront des ports situés à travers le monde.
« Plus les navires restent immobilisés, plus les biosalissures se développent »
Tamburri a expliqué que la durée d’immobilisation d’un navire jouait un rôle déterminant dans la quantité et la diversité des biosalissures.
« Plus les navires restent immobilisés pendant les périodes propices à la croissance et à la reproduction, plus les biosalissures qui se développent sur leur coque deviennent importantes et diversifiées », a-t-il déclaré.
L’étude indique que les biosalissures présentes sur les surfaces immergées des navires peuvent entrer dans une phase de croissance rapide au bout d’environ dix jours. Lorsque les bâtiments restent immobilisés pendant 18 à 30 jours, des mesures de gestion des biosalissures devraient être envisagées. Il est vivement recommandé aux navires immobilisés pendant plus de 30 jours de procéder immédiatement au nettoyage de leur coque avant d’entamer leur prochain voyage.
L’étude souligne que les navires présents dans le Golfe sont restés immobilisés bien plus longtemps que les délais d’attente habituels dans les ports, créant ainsi des conditions favorables à la reproduction d’espèces envahissantes sur leur coque et à leur transport vers d’autres régions.
L’exemple de la moule verte asiatique
Tamburri a affirmé qu’il était difficile de prévoir avec certitude quelles espèces seraient propagées par les navires, le risque dépendant de nombreuses variables liées à la fois aux espèces concernées et aux conditions environnementales des régions vers lesquelles elles sont transportées.
Il a toutefois cité la moule verte asiatique, une espèce originaire du Golfe, comme exemple illustrant l’ampleur du risque potentiel.
Cette espèce a été transportée jusqu’en Floride et dans les Caraïbes, mais aussi en Australie et en Amérique du Sud. Dans certaines régions, les moules vertes asiatiques entrent en concurrence avec les espèces locales de mollusques bivalves et peuvent obstruer les canalisations des centrales électriques et des installations de dessalement.
L’étude relève également que les espèces transportées par l’intermédiaire des biosalissures peuvent affecter non seulement les écosystèmes, mais aussi les activités économiques, tandis que certains parasites et agents pathogènes pourraient menacer des espèces présentant une importance commerciale.
Les trajets de courte distance accroissent le risque
L’étude souligne que les premiers ports visités par les navires quittant le détroit d’Ormuz jouent un rôle particulièrement important dans l’implantation des espèces envahissantes.
Les chercheurs avertissent ainsi que ces bâtiments pourraient agir comme des « super-propagateurs » d’invasions biologiques en transportant des espèces envahissantes vers différentes régions du monde.
Tamburri explique le risque élevé concernant des ports comme Djeddah, Mumbai, Colombo, Singapour, Alexandrie, Le Pirée, Algésiras et Rotterdam par la durée relativement courte des trajets depuis le Golfe et par la similitude des conditions environnementales, notamment en matière de température et de salinité.
Les chercheurs recommandent donc la mise en place de systèmes d’alerte précoce et d’intervention rapide dans les premiers ports visités par ces navires après leur départ du Golfe.
La communauté maritime internationale n’est pas suffisamment préparée
Tamburri a estimé que la communauté maritime internationale n’était pas encore suffisamment préparée pour faire face aux risques de biosécurité susceptibles de découler de perturbations prolongées et de grande ampleur du transport maritime.
« Des réglementations sont en cours d’élaboration au sein de l’Organisation maritime internationale (OMI), mais il faudra plusieurs années avant qu’elles soient pleinement élaborées et approuvées. Jusqu’à présent, très peu d’attention a été accordée aux risques de biosécurité pouvant résulter de perturbations prolongées et à grande échelle du transport maritime », a déclaré le professeur Tamburri.
Il a expliqué que cette situation avait conduit les chercheurs à réaliser cette étude, soulignant que la réduction du risque nécessiterait un effort international coordonné réunissant les spécialistes des invasions biologiques, de la logistique maritime et de la réglementation.
Les chercheurs recommandent, comme solution idéale, de nettoyer les biosalissures présentes sur la coque des navires avant leur départ du Golfe.
Ils relèvent toutefois qu’il serait difficile d’appliquer cette mesure à l’ensemble des bâtiments, car les capacités disponibles dans la région pour effectuer ce type d’opération sont limitées et les navires pourraient devoir repartir rapidement pour des raisons de sécurité, de logistique ou d’exploitation.