Mehmet Burak Karacaoğlu,Ahmet Karaahmet
01 Juillet 2021•Mise à jour: 13 Juillet 2021
AA / Idleb
La volonté de la Russie de bloquer l'entrée de l'aide en Syrie à partir de la porte frontière de Babulhava, située en face du poste frontière de Cilvegozu à Hatay, unique potre d'entrée conformément à une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), expose des millions de civils à la famine.
Bessam Shamali, déplacé à la suite des attaques du régime de Bachar al-Assad dans le village de Lof à Idleb, a déclaré à l'Agence Anadolu (AA) que la fermeture du poste-frontière, voix d'accès aux aides humanitaires, conduirait à une catastrophe.
"Comme si nous déplacer ne leur suffisait pas, maintenant ils ferment les frontières. Fermer les portes signifie stopper l'entrée des médicaments et toutes les autres aides. Cela conduira à une grande catastrophe", s'est insurgé Shamali.
Exhortant les autorités à ne pas fermer la porte frontière, Shamali a ajouté: "la porte frontière est la seule où nous recevons de l'oxygène. Notre nourriture, notre boisson, nos médicaments passent par cette porte. Si elle est fermée, les gens seront dévastés."
Ali Daoud, qui a été déplacé il y a deux ans à la suite des attaques du régime d'Assad et de la Russie, a également affirmé que si la porte frontière était fermée, les gens seront abandonnés sans aide.
"Les forces du régime d'Assad ont confisqué tous nos biens. Maintenant, en fermant la porte frontière de Cilvegozu (Babulhava), ils essayent de nous asphyxier autant qu'ils le peuvent", a-t-il précisé
Affirmant que tout ce dont ils rêvent, c'est de vivre en sécurité, Daoud a ajouté: "nous avons des médicaments, des légumes et des colis alimentaires qui passent par la porte frontière. Sa fermeture signifie que nous nous noierons ici. Même l'aspirine, on en trouvera pas si la porte se ferme. Qu'Allah aide tous ceux qui sont dans la détresse."
"Les Russes essaient maintenant de nous arracher le droit à la vie", a déclaré Nasser Yahya, dont le régime d'Assad avait détruit les maisons et confisqué les autres biens dans le village de Hizarin, au sud d'Idleb.
"Je peux éventuellement endurer 10 jours de famine. Les enfants par contre ne peuvent même supporter une heure, donc des morts de masse se produiront. Que veut la Russie de la population civile? Il nous a déplacés, usurpé nos maisons, confisqué nos biens, nos plantations. Maintenant, ils veulent fermer la porte frontière où nous pouvons enfin respirer. Si la Russie parvient à affamer des civils, tout le monde mourra", a ajouté Nasser, précisant qu'il y a beaucoup de personnes malades dans le camp.
- Aide humanitaire de l'ONU à la Syrie
L'ONU a touché des millions de personnes depuis 2014 grâce à un mécanisme autorisé par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) qui permettent l'aide internationale à la Syrie.
Les personnes déplacées de force et réfugiées à Idleb dans le Nord-ouest de la Syrie dépendent particulièrement de ces aides humanitaires.
Jusqu'en 2020, l'aide humanitaire internationale (nourriture, médicaments, fournitures médicales et d'hygiène) a été acheminée par quatre postes frontaliers, dont deux en provenance de Turquie. En raison du veto et des objections de la Russie, le nombre de passages frontaliers a d'abord été réduit à deux. Plus tard, la Russie a approuvé le maintien de Babulhava juste en face de Cilvegozu ouvert pour une année supplémentaire. Plus de 1 000 camions humanitaires franchissent chaque mois la porte frontière de Babulhava vers la Syrie. Le mécanisme qui maintient cette porte frontière ouverte expire en juillet.
Le CSNU doit renouveler ledit mécanisme afin que le poste frontière reste ouvert et que l'aide se poursuive.
L'ONU, les agences d'aide internationales, la Turquie, les États-Unis et les pays occidentaux veulent augmenter le nombre de passages frontaliers à partir desquels l'aide sera acheminée. Cependant, la Chine, qui s'est rangée du côté de la Russie dans les résolutions du Conseil de sécurité concernant la Russie et la Syrie, n'est pas favorable au maintien de la porte frontière de Cilvegozu ouverte.
Comme par le passé, la Russie défend l'argument selon lequel l'aide humanitaire devrait être acheminée à partir des zones contrôlées par le régime en Syrie, alors que le mécanisme d'aide transfrontalière arrive à expiration.
Si la Russie s'y oppose, Cilvegozu, le seul poste frontière où plus de 1 000 convois d'aide humanitaire internationale sont envoyés en Syrie chaque mois, sera fermé.
Les États-Unis et les pays occidentaux au CSNU souhaitent également que Babüsselame, située en face de la porte frontière d'Oncupinar, et la porte frontière d'Al-Yarubiyye entre l'Irak et la Syrie, qui a été fermée en décembre 2019, soient rouvertes.
* Traduit du turc par Alex Sinhan Bogmis