AA/Paris/Fatih KARAKAYA
En France, si les transports en commun sont assez modernes, efficaces et abordables dans tout le pays. ce constat est, néanmoins, en train de tourner au cauchemar pour de nombreux Français qui craignent désormais de prendre le train ou le métro.
En effet, selon un sondage CSA pour la chaîne CNEWS publié le 13 janvier courant, « près d’un Français sur deux éprouve un sentiment d’insécurité dans les transports en commun ».
En cause, les rames sont bondées, les retards quotidiens compliquent davantage la vie des usagers, mais aussi les agressions physiques et verbales sont devenues monnaies courantes.
D’après ce sondage, le sentiment d’insécurité au niveau national se situe à 46% tandis que dans la capitale, il atteint les 50%.
Anadolu est allée à la rencontre de citoyens français qui prennent tous les jours les transports en commun pour recueillir leurs témoignages.
Le premier constat que nous faisons est que pratiquement tout le monde se plaint.
- Prendre les transports en commun pour préserver la planète
« Il est important que les autorités responsables des transports en commun mettent en place des mesures pour améliorer la sécurité des usagers, telles que la surveillance accrue, la mise en place de caméras de surveillance et l'augmentation du nombre d'agents de sécurité », entame d’emblée Françoise F. qui par conviction refuse de prendre sa voiture malgré « ses moyens ».
« Nous devons tous faire un geste pour la planète si nous voulons qu’elle ne meure pas », prévient cette employée dans une entreprise internationale.
Tous les matins, elle prend le métro parisien pour se rendre à son travail. Elle se plaint le plus souvent « des rames bondées à des heures de pointe ».
Expliquant qu’elle comprend qu'à « certaines heures, il puisse y avoir plus de monde », elle aimerait « voir plus de rames à ces moments-là ».
De même, elle raconte avoir assisté à plusieurs bagarres entre des voyageurs « pour des places » et ajoute « qu’il est également important que les usagers se sentent en sécurité pour qu'ils continuent à utiliser les transports en commun, ce qui est essentiel pour maintenir une circulation fluide dans les grandes villes ».
Pour Franck D., au contraire, les transports en commun « c’est le dernier recours ». Il se souvient de cet été, il y a 4 ans, où il a pris le train pour aller de Strasbourg à Paris pour une réunion d’affaires de deux jours.
« J’avais posé mon grand sac de sport dans l’emplacement à bagage entre les rames. Dedans, je n’avais que des vêtements », explique l’homme de 50 ans.
Mais, selon lui, à son arrivée, il n’a jamais retrouvé son sac. « J’ai passé deux jours horribles à porter les mêmes vêtements, à me retrouver sans pyjamas ni brosse à dents », se remémore l’homme d’affaires qui prend désormais « systématiquement sa voiture ».
- Les femmes se sentent plus en danger
Au-delà des vols, les transports en commun, c’est aussi un grand danger pour les femmes, surtout si elles sont seules. D'ailleurs, toujours selon le même sondage, 42% des hommes déclarent avoir "un sentiment d'insécurité" tandis que ce taux grimpe à 49% pour les femmes. Étonnamment, 54% des jeunes sont stressés à l'idée de prendre les transports.
Alors que Nadia raconte avoir subi des attouchements dans un bus bondé, Leila regrette ce jour où elle a été « agressée sexuellement dans un train presque vide ».
« Un homme s’est mis à côté de moi et m’a agressé sexuellement devant les 'regards évités' des autres voyageurs », poursuit Leila qui aurait réussi à repousser son agresseur « en criant de toute ses forces ».
- Train en retard ou en grève
Mais la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) ne fait pas parler d'elle uniquement pour ses problèmes d’insécurités, mais aussi pour ses retards quand ses cheminots ne sont pas en grève.
En effet, ce jeudi 19 janvier, un nouveau mouvement social national interprofessionnel perturbe à nouveau la circulation des trains. La compagnie est souvent confrontée à des grèves tantôt pour l’agression de ses contrôleurs, tantôt pour des réclamations salariales, tantôt pour se prononcer contre l’ouverture à la concurrence des trains.
Alors qu’une directive européenne a ouvert la voie à la concurrence pour l’exploitation des lignes ferroviaires, les candidats ne se bousculent pas. Depuis 2020, l’Italien Trenitalia est l’unique concurrent de la SNCF dans l’axe Paris-Lyon-milan. Même si le gouvernement promet de faciliter l’ouverture à la concurrence, cela semble demeurer au point mort. Pourtant, cette ouverture aurait pu améliorer le service dans les trains et les rendre plus sécurisés.
Pour certains comme Noah, « c’est surtout un problème de justice ». Il raconte alors que « sa fille a été agressée au couteau dans un train à Noël. » Appréhendé rapidement par les policiers, « l’homme sera finalement relâché une heure plus tard « parce qu’il a jeté son couteau avant d’être arrêté ».
« Le jour où je rattrape l’agresseur de ma fille dans le train, il ne sortira pas indemne », prévient ce père de famille qui a peur d’envoyer seule, sa fille de 17 ans.