AA/ Bujumbura/ Jean Bosco
L’enveloppe allouée au secteur agricole au Burundi est passée de 2 à 12% du budget de l’Etat ces dix dernières années, le secteur des semences étant au cœur des réformes, avec le développement d'un programme qui s'attelle à la multiplication des centres semenciers.
L’objectif est de permettre à au moins 25% des agriculteurs burundais d’accéder à des semences de qualité, selon André Niyungeko, Ingénieur agronome. D’ailleurs, seuls 5% des agriculteurs ont aujourd’hui accès aux semences sélectionnées, note-t-il. Pourtant, 90% des Burundais dépendent directement du secteur agricole pour survivre.
L’amélioration du secteur est donc un des principaux défis à relever par le Burundi, si ce n’est le plus important.
Pour ce faire, les parties concernées poursuivent leurs efforts, dans le but de mieux concrétiser le programme « Développement intégré du secteur semencier (ISDD)» récemment engagé par le gouvernement.
Initié par l’Université de Wageningen (Pays-Bas) et piloté, au Burundi, par le Centre international pour la fertilisation des sols et le développement agricole (IFDC), le projet ISSD concerne six cultures à savoir "le riz, le maïs, la pomme de terre, le manioc, la banane et le haricot ", a annoncé à Anadolu André Niyungeko, Ingénieur agronome.
« Notre objectif est d’augmenter de 500% la quantité des semences de qualité produites et commercialisées au Burundi, et de contribuer à l’intensification agricole ainsi qu’à l’accroissement des rendements et des revenus pour ces cultures», explique-t-il.
La ministre burundaise de l’Agriculture et de l’Elevage, Odette Kayitesi, a confirmé que l’accès par les agriculteurs aux semences de qualité fait partie des priorités du gouvernement : « cette priorité est inscrite dans la politique nationale de sécurité alimentaire ainsi que dans le Plan National d’Investissement agricole » a-t-elle déclaré le 14 août, à l’occasion de la cérémonie de remise d’un don de 5 millions d’euros offert par les Pays-Bas pour appuyer le secteur semencier au Burundi.
Les agriculteurs saluent cette initiative qui va « révolutionner l’agriculture au Burundi ». Les semences sélectionnées « nous permettront d’augmenter la production, mais les semences ne suffisent pas pour avoir de bonnes récoltes, il faut aussi des intrants agricoles», observe un producteur de pommes de terre.
Le manque de semences sélectionnées avait retenu l’attention des participants aux états généraux de l’agriculture, organisés du 16 au 19 juin dernier à Bujumbura. De l’avis des délégués des agriculteurs associés, « la pénurie des semences de qualité est doublement due au nombre réduit des centres semenciers et à la faible rémunération des moniteurs agricoles qui encadrent la population sur les collines ».
«Comment voulez-vous qu’un moniteur qui perçoit la modique somme de 30.000 francs burundais par mois (moins de 20 USD), ne soit pas tenté de vendre les semences qu’il reçoit, au lieu de les distribuer gratuitement à leurs bénéficiaires ? s’interroge un producteur de riz d’Imbo, commune à l’ouest de Bujumbura qui a préféré garder l'anonymat.
Réagissant à la version de cet agriculteur révolté, Salvator Sindayihebura, Directeur Général au ministère burundais en charge de l’Agriculture a affirmé à Anadolu: «Tout en leur donnant des semences ou des engrais à acheminer sur les collines, ces moniteurs reçoivent leurs propres quotas ».
Outre le Burundi, le ISSD est aussi présent en Ethiopie, au Ghana, au Mali, au Malawi, au Mozambique, en Ouganda et en Zambie. Il brasse les partenaires du secteur public et privé, les ONG, les organisations paysannes et les universités, au niveau national dans chaque pays.