AA - Edimbourg - Bilal Muftuoglu
Le référendum historique qui déterminera l'indépendance éventuelle de l'Ecosse a débuté jeudi matin à 7h (heure locale, 6h GMT).
'’L'Ecosse devrait-il être un pays indépendant?'' est la question à laquelle les Ecossais sont appelés à répondre. Les électeurs voteront ''oui'' ou ''non'' dans le cadre du scrutin. Les bureaux de vote sont installés dans les écoles, les églises ainsi que les mairies.
Le nombre de votants au référendum est estimé à près de 4 millions. Le dépouillement des votes débutera après 22h (heure locale, 21h GMT) après la fin du scrutin dans les 32 régions du pays. Les résultats définitifs seront annoncés au plus tôt vendredi matin. Le taux de participation serait très élevé selon plusieurs experts.
Les camps des indépendantistes et unionistes ont mené une vaste campagne au cours des deux dernières années à la suite de la signature du Traité d'Edimbourg en 2012 qui prévoit l'organisation d'un référendum sur l'indépendance.
La campagne de ''Yes Scotland'' (Oui l'Ecosse) menée par le Premier ministre écossais Alex Salmond, à la tête du Parti national écossais (SNP) indépendantiste plaide en faveur de l'autodétermination des écossais tandis que la camp adverse ''Better Together'' (Mieux ensemble) soutenue par le gouvernement britannique affirme que l'Ecosse restera plus puissante au sein du Royaume-Uni.
Dans le cas d'un ''oui'', l'indépendance totale sera proclamée au plus tôt en 2016 après des négociations entre l'Ecosse et la Grande Bretagne.
Les nationalistes écossais affirment que leur pays a réalisé une meilleure performance économique dans les cinq dernières années par rapport au reste du Royaume et espèrent continuer d'utiliser la livre sterling dans le cadre d'''une union monétaire''.
D'autre part, les unionistes revendiquent que l'Ecosse, qui exporte 64% de sa production au reste de la Grande-Bretagne ne pourra plus utiliser la livre sterling en cas d'indépendance. Selon le gouvernement britannique, l'indépendance écossaise entraînerait beaucoup de risques et d'incertitudes financières tout en limitant l'emploi. Les grandes multinationales, inquiètes de l'avenir économique de l'Ecosse envisagent de plus en plus de quitter le pays.
Un autre sujet problématique relève du partage des réserves pétrolières et gazières dans la Mer du Nord, estimées à 1 trillion de sterling selon le gouvernement écossais. Le Premier ministre britannique David Cameron a indiqué à cet égard son souhait pour la poursuite des investissements énergétiques provenant de la Grande-Bretagne.
En ce qui concerne l'adhésion à l'Union européenne (UE), l'Ecosse ne deviendrait pas ''automatiquement'' le 29e membre de l'Union selon le gouvernement britannique contrairement à ce que réclame Salmond.
La base maritime de Faslane en Ecosse cause aussi des débats entre les parties du fait que le SNP demande au gouvernement britannique de retirer ses sous-marins nucléaires de la base avant 2020. D'autre part, Salmond qui souhaite maintenir le statut membre de l'Ecosse au sein de l'OTAN déclare que son pays ''doit se débarrasser'' des armes nucléaires.
La loi de 'Scotland Act' de 1999 sous l'époque du travailliste Tony Blair, avait engendré la création d'un Parlement autonome en Ecosse et lui a accordé des autonomies dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'agriculture et de la culture. En revanche, c'est Le gouvernement britannique qui fixe la politique en matière de relations extérieures, de défense, d'immigration, de subventions publiques, de fiscalité ainsi que dans le secteur de l'énergie.
Selon les sondages publiés mercredi soir, les unionistes l'emporteraient sur les nationalistes, cependant le pourcentage des indécis varie entre 8% et 14%.
En cas de ''non'' à l'indépendance, les nationalistes poursuivraient leur campagne, surtout à l'approche du référendum que le Parti conservateur envisage d'organiser en 2017 sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE. Le SNP qui désire rester membre de l'UE organiserait son propre référendum, estiment les experts.
Le gouvernement britannique a plaidé pour l'extension des compétences du Parlement autonome de l'Ecosse si les écossais s'opposent au projet d'indépendance.
Si l'indépendance de l'Ecosse est proclamée cela mettrait fin à une union de 307 ans, le Royaume-Uni perdrait alors un tiers de sa superficie ainsi que plus de 5 millions d'habitants.