Tuğrul Çam,Ayvaz Çolakoğlu
24 Mars 2017•Mise à jour: 24 Mars 2017
AA - Ankara - Ayvaz Colakoglu
Les électeurs bulgares se rendront aux urnes, dimanche 26 mars, pour les élections législatives anticipées. Les deux formations en tête dans les sondages, le parti socialiste et les conservateurs du GERB sont au coude à coude. Le parti DOST, nouvellement créé, ambitionne de se faire une place sur l'échiquier politique bulgare en récoltant le suffrage de la minorité turque et des musulmans.
La Bulgarie, plus petite économie de l'Union Européenne avec ses 7 millions d'habitants, organise une consultation électorale afin d'élire le nouveau gouvernement.
Selon les derniers sondages, tout va se jouer entre le parti conservateur de l'ancien Premier ministre Boïko Borissov et la cheffe du parti socialiste Kornelia Ninova.
Les deux partis sont crédités d'environs 30 % des voix chacun. Dans la situation actuelle, il est extrêmement difficile de déterminer qui finira la course en tête. Borissov a exercé la fonction de Premier ministre entre les périodes 2009-2013 et 2014-2017.
Les gouvernements de Borissov avaient reçu le soutien du front nationaliste, qui à l'époque n'avait pas réclamé de ministère. Il semblerait que cette formation va jouer un rôle clef dans l'issue des élections et dans l'élaboration du nouveau gouvernement qui suivra.
Les anti-musulmans et anti-réfugiés se sont rassemblés pour former le parti d'Union patriotique, composé notamment des extrémistes du groupuscule ATAKA. Les sondages leur attribuent 9 % d'intentions de vote.
Kornelia Ninova, leader du parti socialiste, a courtisé cette frange extrême du paysage politique bulgare, en affirmant qu'elle était prête à un partenariat avec l'Union patriotique si son parti termine en tête des élections.
En cas de victoire des socialistes, un rapprochement avec la Russie est plus que d'actualité. Ninova a critiqué, à maintes reprises, l'Union Européenne, déclarant que la Bulgarie ne souhaite plus être un membre de "deuxième zone", ainsi que les mesures de rétorsions prises contre la Russie, promettant d'y opposer son veto en cas de prolongation de ces mesures.
Borissov a, pour sas part, plaidé pour une relation plus "pragmatique" avec la Russie, annonçant qu'il souhaite, en cas de victoire, concrétiser avec la Russie, un projet de gazoduc et la construction d'une centrale nucléaire.
En Bulgarie, la proportion d'électeurs que représente la minorité turque et musulmane est évaluée à environ 10% de la population. Le parti DOST ( parti des démocrates pour la responsabilité, la liberté et la tolérance), nouvellement implanté dans le paysage politique bulgare, compte sur cette réserve de voix pour se faire une place audible. Pour ce faire, il doit affronter, en plus des partis conventionnels, le Mouvement pour les droits et libertés (HOH), parti historique de la minorité turc, défendant des positions hostiles à la Turquie.
Lors de la crise de l'avion russe abattu par la Turquie en novembre 2015, Lutvi Mestan président du parti HOH à cette époque, a été poussé vers la sortie en raison de son positionnement en faveur de la Turquie. Il a, avec un groupe de député, créé le parti DOST et compte bien rassembler toutes les autres petites formations afin de composer un front affichant fièrement ses racines turques.
La parti HOH a donné place, sur ses listes, à des extrémistes du parti ATAKA, s'attirant les foudres de la communauté turque et musulmane.
Dans ce contexte, le parti DOST compte franchir aisément la barre des 4 % qui compose le seuil électoral en Bulgarie. Pour ce faire, Mestan a lancé un appel à la mobilisation aux citoyens bulgares vivants en Turquie et en Europe.
Malheureusement, des groupuscules d'extrême droite ont, en réaction à l'appel lancé par Mestan, organisé des blocages dans plusieurs postes frontières avec la Turquie, à l'aide de chaine et de vieux pneus, dans le but d'empêcher le passage des bi-nationaux.
La commission électorale bulgare a, en outre, interdit un clip de campagne en langue turque du parti DOST.
Mestan a dit regretter des méthodes assimilatrices semblables à celles de l'époque de l'URSS.
La Turquie a dénoncé les pressions opérées envers la communauté turque dans le cadre de la campagne électorale en Bulgarie.
Le président de la République turque Recep Tayyip Erdogan avait déclaré lors d'un entretien :
"Nous souhaitons que les élections (en Bulgarie) se passent dans la sérénité, d'une façon juste et transparente. Entendre et voir les pressions exercées nous attriste profondément. D'un côté tu parles de démocratie, de l'autre tu fais pression sur les turques, ce n'est pas acceptable".
Le leader du parti DOST a, lors d'une rassemblement, indiqué qu'une grande pression est exercée sur l'électorat avec des menaces de licenciement, des meetings annulés et des affiches arrachées.