Cüneyt Karadağ,Erbil Başay
21 Février 2022•Mise à jour: 21 Février 2022
AA / Berlin / Cüneyt Karadağ, Erbil Başay
Dans un entretien accordé au journal allemand « Die Welt », le porte-parole présidentiel turc İbrahim Kalın a estimé que "les sanctions contre la Russie n'auront pas l'effet escompté.
"Elles ne fonctionneront pas. Vous ne faites que retarder les problèmes. Mieux vaut écouter l'autre partie et comprendre ses préoccupations stratégiques", a déclaré Kalin à l'attention des partenaires de la Turquie dans l'organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN).
"La Russie se sent menacée par l'OTAN. 30 ans après l'effondrement de l'Union soviétique, le président Poutine doit redessiner les frontières et renouveler les alliances stratégiques", a indiqué Kalin.
Interrogé sur la position de la Turquie face à la situation conflictuelle entre la Russie et l'Ukraine, Kalin a fait remarquer que de nouveaux défis émergent au 21e siècle.
"C'est pourquoi nous devons créer de nouvelles règles et principes pour que les deux parties se sentent en sécurité. Cela ne signifie pas vous devez répondre par la positive à toutes les attentes, mais vous devez écouter les Russes", a-t-il souligné.
Affirmant que l'OTAN est l'alliance militaire la plus réussie et la plus importante que le monde ait jamais connue, Kalın a indiqué que la Turquie en est un "un membre clé".
"Cependant, cela ne signifie pas que nous ne serons pas inclus dans d'autres alliances telles que l'Asie centrale, le Caucase, le Moyen-Orient et l'Afrique, ou que nous n'aurons pas de bonnes relations avec la Russie ou la Chine", a-t-il toutefois rappelé.
Déclarant que son pays perçoit la politique étrangère dans une perspective à 360 degrés, le porte-parole présidentiel turc a ajouté que son pays ne refuse l'aide de "personne qui nous prête main-forte. Notre géographie nous oblige à le faire, mais cela nous aide aussi", a-t-il indiqué.
"Bien sûr, cela ne signifie pas que nous devons être d'accord sur tout. Pas même avec la Russie. Nous ne soutenons pas sa politique en Syrie et les troupes de Wagner en Libye, mais cela ne nous oblige pas à nous faire la guerre", a observé Kalin.
**Relations avec l'Allemagne
Notant que l'Allemagne est le pays le plus important d'Europe, Kalın a déclaré que les relations bilatérales avec la Turquie ne sont pas au niveau souhaité pour le moment.
Soulignant l'immense potentiel entre les deux pays, Kalin a déclaré : "Ensemble, nous pouvons accomplir beaucoup de choses. Nous devrions nous concentrer davantage sur le réalignement de nos intérêts stratégiques et de nos visions historiques", a-t-il indiqué.
Rappelant l'ouverture de la Turquie à la critique tant qu'il n'y a pas d'attaque idéologique, İbrahim Kalın a déclaré : "Le Gouvernement fédéral doit d'abord comprendre le traumatisme que nous avons vécu ces dernières années. La tentative de coup d'État du 15 juillet [2016] par les terroristes du FETO est un grand traumatisme. Comment un groupe prétendant être religieux peut-il soudainement devenir si agressif ? Si j'étais allemand, je comparerais l'histoire turque avec l'histoire allemande et je verrais pourquoi nous avons déclaré l'état d'urgence après la tentative de coup d'État", a ajouté Kalin.
En réponse à une question, le porte-parole de la Présidence turque a émis des critiques vis-à-vis du Parti démocratique des peuples (HDP) "lancé comme un parti démocratique" mais qui "a reçu des ordres du PKK", a-t-il indiqué.
* Traduit du turc par Ümit Dönmez