AA / Istanbul
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré samedi que l'Accord de défense conjoint de La Mecque était, sur le plan technique, équivalent à l'article 5 du traité de l'OTAN relatif à la défense collective.
S'exprimant lors de l'émission Editor's Desk de l'Agence Anadolu, Fidan a indiqué que l'accord signé par la Türkiye, l'Arabie saoudite et le Pakistan visait à contribuer à une stabilité durable dans la région.
« Nous n’avons inscrit aucune menace commune dans le texte », a-t-il déclaré, précisant que l’accord ne visait aucun pays qui n’attaquerait pas l’un de ses signataires.
Il a souligné que la Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan n’étaient pas des pays expansionnistes.
« Selon la vision de notre président, nous ne devons pas rester limités à trois pays. Nous devons nous élargir et, si nécessaire, placer tous les pays sous ce même cadre », a ajouté le ministre.
« L’accord de La Mecque constitue l’étape la plus importante vers l’instauration d’une stabilité durable dans cette région », a-t-il estimé, rappelant que la région avait connu une instabilité persistante au cours du siècle écoulé depuis le retrait de l’Empire ottoman.
Fidan a qualifié la signature de l’accord de « journée historique », estimant qu’elle constituait l’une des étapes importantes poursuivies depuis des années par la Türkiye sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan.
Fidan a souligné que le renforcement de la prise en charge régionale des questions de sécurité constituait un élément central de l’approche de la Türkiye.
« Les puissances hégémoniques extérieures qui arrivent dans la région ne résolvent pas les problèmes, elles les aggravent et le coût devient très élevé », a-t-il déclaré.
Il a estimé que les pays de la région devaient mettre en place davantage de mécanismes institutionnels leur permettant d’assurer eux-mêmes leur sécurité, leur stabilité économique, leur développement et leur prospérité.
Fidan a souligné que la Türkiye entretenait de solides relations avec presque tous les pays de la région. Toutefois, ces relations étaient largement façonnées par les circonstances, les perceptions et les approches politiques du moment et pouvaient donc évoluer à tout instant, a-t-il expliqué.
Ankara cherche ainsi à rendre ses relations régionales plus durables et structurées afin de favoriser la stabilité, a-t-il ajouté, soulignant qu’une intégration économique durable nécessitait de la sécurité et une confiance mutuelle.
Prenant l’Union européenne comme exemple, Fidan a estimé que la Communauté économique européenne s’était développée dans un environnement de sécurité assuré par le parapluie américain.
Il a expliqué que la vision régionale de la Türkiye visait de la même manière à réduire l’instabilité et, à terme, à favoriser une plus grande intégration économique et sociale, afin d’améliorer la prospérité des populations de la région.
Le ministre a reconnu que l’initiative en était encore à ses débuts et que sa mise en place ne serait pas facile, mais a assuré que la Türkiye avait déjà achevé les préparatifs conceptuels et institutionnels nécessaires.
Selon Fidan, les préparatifs de l’accord conjoint de défense de La Mecque étaient en cours depuis près de deux ans et huit mois, avec des discussions impliquant les pays signataires ainsi que d’autres États de la région.
Le processus est passé d’une idée initiale à un concept, puis à un accord, tandis que le président Erdogan avait également évoqué à plusieurs reprises cette initiative avec les dirigeants de la région, a-t-il précisé.
Rappelant que l’accord imposait des obligations aux pays signataires, Fidan a souligné que la Türkiye était membre de l’OTAN depuis 1952 et participait depuis de nombreuses années aux réunions de l’Alliance.
Il a déclaré que l’accord conjoint de défense de La Mecque était techniquement similaire à l’article 5 de l’OTAN sur la défense collective, permettant aux membres de bénéficier du soutien protecteur des autres signataires.
Selon lui, la dissuasion de l’OTAN repose sur un principe défensif : « Si vous m’attaquez, j’ai la puissance militaire de cette grande alliance. » Ce mécanisme contribue à prévenir les conflits et permet aux pays de résoudre leurs différends politiques et économiques, a-t-il expliqué.
Fidan a rappelé que l’OTAN n’avait eu recours à une action militaire collective que dans un nombre limité de cas, notamment en Afghanistan et au Kosovo.
Il a souligné que l’objectif fondamental d’une alliance était de faire comprendre à d’éventuels adversaires les conséquences d’une attaque contre l’un de ses membres, créant ainsi un environnement permettant aux pays de poursuivre leur développement sans être entravés par les conflits.
« Nous sommes désormais solidaires les uns des autres », a déclaré Fidan pour expliquer le principe de l’alliance.
« Vous renforcez votre capacité de dissuasion. Deuxièmement, plutôt que d’adresser un message à une partie extérieure, les pays qui signent de telles alliances montrent et s’engagent à ne pas menacer la sécurité des autres, mais au contraire à garantir mutuellement leur sécurité », a-t-il ajouté.
Fidan a expliqué qu’il s’agissait du point de départ d’une alliance de sécurité, dont les membres devraient ensuite adapter leur coopération aux menaces existantes.
Interrogé sur la possibilité qu’une attaque déclenche automatiquement une obligation d’assistance et sur la manière dont cette obligation serait mise en œuvre, Fidan a indiqué que le texte contenait des engagements généraux dont l’application concrète dépendrait des discussions et des décisions des instances compétentes.
Un pays devrait demander une assistance et préciser le type de soutien dont il a besoin, a-t-il expliqué.
Cette assistance pourrait prendre différentes formes, allant du renseignement et de la logistique aux munitions ou, si nécessaire, à l’envoi d’unités militaires, selon l’ampleur de la menace, a ajouté le ministre.
Il a précisé que l’alliance disposerait d’un comité politique et militaire composé des ministres des Affaires étrangères et de la Défense ainsi que des chefs d’état-major, sur le modèle des structures de l’OTAN.
Ce comité serait chargé de traduire la vision définie par les dirigeants en décisions au sein de l’alliance et d’assurer le suivi des travaux. Un secrétariat serait également créé pour mettre en œuvre ces décisions, a-t-il indiqué.
« La question la plus discutée hier entre les dirigeants était la coopération dans l’industrie de défense et la possibilité pour les pays de bénéficier mutuellement de leurs technologies », a déclaré Fidan.
Il a ajouté que l’alliance irait au-delà de la simple signature de l’accord, avec un secrétariat chargé de superviser les questions liées à la défense et de suivre la mise en œuvre des décisions.
« Les signatures viennent tout juste d’être apposées sur l’accord, nous n’avons donc pas encore commencé ce travail », a-t-il expliqué.
Après la première réunion du comité, les ministres devraient présenter aux dirigeants des propositions concernant la création, la structure et le fonctionnement du secrétariat ainsi que ses premières missions, a-t-il ajouté.
L’alliance couvrira un large éventail de questions militaires, notamment l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité de forces militaires aux structures différentes à opérer ensemble.
La coopération portera également sur les entraînements conjoints, le soutien mutuel, la logistique, l’évaluation des menaces, le partage de renseignements et, surtout, la coopération dans l’industrie de défense.
Fidan a décrit l’alliance comme une entreprise institutionnelle majeure nécessitant de la continuité.
« Les pays ne se retrouveront pas, lorsqu’ils seront sous pression, dans une situation où ils se demanderont : "Qu’étions-nous censés faire ensemble ?" », a-t-il déclaré.
Il a insisté sur la nécessité d’institutionnaliser la coopération en matière de politique étrangère et de sécurité plutôt que de laisser son succès au hasard.
« Nous ne devons pas laisser le succès de notre politique étrangère ou de tout autre domaine au hasard. Nous devons l’institutionnaliser et assurer sa continuité », a-t-il affirmé.
Fidan a indiqué que les pays devaient construire des alliances autour d’intérêts communs, qualifiant la Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan de « pays moteurs » de cette initiative.
Concernant la guerre russo-ukrainienne, Fidan a déclaré que lorsque la guerre d’usure s’étend au-delà de la ligne de front, le conflit devient une question de survie nationale.
« Lorsque la guerre d’usure se transforme en une guerre d’usure au-delà de la ligne de front, la question devient celle de la survie d’une nation. Vous utilisez tous les moyens dont vous disposez », a-t-il déclaré.
Sur la question de Chypre, Fidan a affirmé que la Türkiye ne reconnaissait pas l’Administration chypriote grecque comme un État et a insisté sur la nécessité de respecter les droits des Chypriotes turcs.
« Nous ne reconnaissons pas la partie chypriote grecque comme un État. Si vous ne reconnaissez pas les droits des Chypriotes turcs, alors je ne reconnais pas votre statut d’État », a-t-il déclaré.
« Vous n’êtes pas l’État établi en 1960 », a-t-il ajouté.
Fidan a également affirmé que la paix et la stabilité sur l’île de Chypre étaient dues à la présence des soldats turcs sur l’île.
Le ministre a par ailleurs appelé à maintenir l’isolement politique international d’Israël, estimant qu’il s’agissait de l’une des mesures que l’État israélien redoutait le plus.
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