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Les tensions ne cessent de grimper au Venezuela après l’auto-proclamation du président de l'Assemblée nationale vénézuélienne, leader de l'opposition, Juan Guaido, président par intérim.
Depuis plusieurs années, ce pays d’Amérique latine faisait parler de lui en raison des problèmes économiques et des manifestations survenant à l'intérieur du pays. Le Venezuela entretient des relations tendues avec les Etats-Unis depuis la présidence de Hugo Chavez.
Les opposants rejettent les élections présidentielles de mai 2018 remportées par Maduro et demandent son renouvèlement. L’administration américaine, quant à elle, soutien les opposants vénézuéliens.
Il est possible de résumer la situation au Venezuela en 10 questions-réponses:
- Quel est l’arrière plan des tensions Venezuela/Etats-Unis ?
Durant la guerre froide et dans les années 1990, les administrations libérales au pouvoir au Venezuela ont entretenu de bonnes relations avec les Etats-Unis.
En 1999, suite à la victoire aux élections présidentielles de Hugo Chavez, les relations entre les deux pays ont commencé à se tendre. Hugo Chavez était un politicien adoptant des politiques socialistes et populaires.
Chavez a procédé à la nationalisation du pétrole vénézuélien et a accentué les politiques sociales avec le revenu obtenu. Il s’est attiré les foudres des administrations américaines par la vente de pétrole à Cuba, l’entretien de bonnes relations avec l’Iran, l’achat d’armes à la Russie, la nationalisation des entreprises de télécommunication.
En 2013, juste avant sa mort, il a montré candidat à la présidence, Nicolas Maduro, son conseiller.
Durant le mandat de Maduro, les relations Venezuela-USA sont restées tendues. Les gestions de Barack Obama et de Donald Trump ont appliqué des sanctions à Maduro et à de nombreux autres représentants vénézuéliens.
- Comment Maduro est arrivé au pouvoir ?
Après un diagnostic de cancer en 2011, la santé d’Hugo Chavez s’est empirée. Il a montré candidat à la présidence Nicolas Maduro, et lui a donné une partie de ses pouvoirs.
En 2013, après la mort de Chavez, Maduro a remporté les élections présidentielles d’avril 2013, avec 50,8% des voix.
En mai 2018, il a été élu une nouvelle fois à la présidence avec 68% des voix.
- Comment les évènements ont surgi durant la période de Maduro ?
Des manifestations d’ampleurs ont été organisées dans les Etats de Tachira et Mérida, pour cause de raisons sécuritaires, en 2014. Les manifestations se sont rapidement étendues vers la capitale Caracas.
Avec le soutien des partis de l’opposition, les manifestations se sont transformées en des protestations contre le gouvernement.
Accusant l’opposition de mener une tentative de coup-d’état, le gouvernement a réagi aux manifestants. 28 personnes sont mortes au cours des évènements.
En septembre 2016, l’opposition a une nouvelle fois organisé des manifestations en montrant la situation économique du pays pour cause. Les manifestants ont demandé le départ de Maduro, accusé d'être responsable de la crise économique.
Le Venezuela a été le théâtre de nouvelles démonstrations en avril et juin 2017. De nombreuses personnes sont mortes lors des confrontations entre les forces de l’ordre et les manifestants qui appelaient à des élections anticipées.
- Comment s’est déroulée la transition d’une crise économique à une crise politique ?
L’économie vénézuélienne a commencé à rencontrer de sérieuses difficultés, surtout après 2014, avec le recul des prix de pétrole.
Le Venezuela, qui obtient 95% de ses revenus d’exportations à partir de la vente de pétrole, a commencé à ressentir des difficultés en raison de la baisse des prix de pétrole.
L’augmentation des prix et le haut taux d’inflation ont conduit à la dévaluation de la monnaie vénézuélienne, le bolivar.
Ces développements économiques ont été la raison première des manifestations de l’opposition.
- Est-ce que la politique vénézuélienne s’est endurcie durant la période de Trump ?
Depuis la période Obama, les administrations américaines considèrent le Président Nicolas Maduro comme un "dictateur" et infligent des sanctions au pays.
Les sanctions touchant Maduro et de nombreux autres représentants vénézuéliens se sont élargies jusqu’à l’épouse de Maduro, Cecilia Flores, en septembre 2018.
Par ailleurs, il a été déchiffré qu’à partir de l’automne 2017, l’administration américaine de Trump s’est entretenue discrètement avec l’opposition vénézuélienne et a discuté à propos d’un éventuel coup-d’état avec d’anciens commandants.
L'administration américaine, connue pour son rôle dans de nombreux coups d'état en Amérique Latine, a cette fois-ci fait marche-arrière.
La raison est que de nombreux pays de la région apportent leur soutien au président Maduro, ce qui compliquerait les plans de Washington.
- Que veut l’opposition ?
L’opposition veut la démission de Maduro. Elle prétend que les élections précédentes (2018) ont été truquées et veut des élections présidentielles anticipées.
Juan Guaido, président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, veut prendre la place de Maduro et veut en attendant diriger le pays jusqu’aux prochaines élections.
- Quelles est l’approche de Maduro à ces demandes ?
Maduro considère qu’il s’agit d’une tentative de coup-d’Etat soutenue par les Etats-Unis.
Les personnalités importantes du gouvernement vénézuélien ont fait des déclarations soutenant Maduro, qui a coupé les relations avec les Etats-Unis. Elles affirment qu’elles s’opposent à ce coup-d’état soutenu par les Etats-Unis et appellent le peuple a réagir aux interventions externes.
Pour sa part, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino a affirmé que les Forces armées vénézuéliennes défendront la Constitution et la souveraineté nationale et ne soutiendront pas Juan Guaido.
- Quelle position adopte les pays d’Amérique latine ?
Les Etats-Unis, le Canada, la Colombie, le Pérou, l’Equateur, le Paraguay, le Brésil, la Chili, le Panama, l’Argentine, la Costa Rica et le Guatemala soutiennent ouvertement Guaido.
La Bolivie et le Mexique continuent de soutenir le gouvernement de Maduro.
- Quelles ont été les réactions adoptées par les pays du monde ?
Les pays européens ont évoqué " une transition politique" et ont fait appel à "de nouvelles élections".
Pour le moment, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, le Danemark et le Kosovo ont exprimé leur soutien à Guaido.
Par ailleurs, la Chine, la Russie et la Turquie se sont positionnées aux cotés de Maduro.
- Quelle est l’approche de la presse internationale aux évènements?
Au cours des dernières années, la presse internationale avait accordé une large place aux manifestations à l’encontre le gouvernement au Venezuela, en se focalisant sur les problèmes économique du pays.
Les tentatives de coup-d’état ont notamment occupé une large place dans la presse internationale. Par ailleurs, l’auto-proclamation de Guaido en tant que président par intérim, a notamment été un évènement secouant.
La presse a préféré se concentrer sur les difficultés financières auxquelles le peuple vénézuélien a été confronté durant le mandat de Maduro en dissimulant les manifestations de soutien au président vénézuélien dans le pays.