AA/ Alger/ Khedidja Baba Ahmed
C’est le 4 mai prochain que les électeurs algériens se rendront aux urnes pour élire leurs représentants à l’Assemblée nationale populaire. Une élection parlementaire qui devra pourvoir les 462 sièges du parlement répartis à travers les 48 Wilaya (préfectures) du pays. Dimanche dernier (5 mars) à minuit a pris officiellement fin le dépôt des candidatures.
Si au sein de nombreux partis participant au scrutin l’effervescence est grande, l’indifférence des citoyens est manifeste. Quant au pouvoir, son souci est de taille. Comment faire pour que le taux de participation ne renforce pas le sentiment d’absence de confiance dans les gouvernants et dans les institutions ?
Cette défiance ne date pas d'aujourd'hui. Au dernier scrutin parlementaire de 2012, la désertion des urnes était déjà visible.
Plusieurs facteurs concourent à ce désintérêt, à commencer par le doute quant à la transparence du vote. Organisés par les autorités, tous les scrutins se sont déroulés jusqu'à ce jour dans l’opacité la plus totale.
Le fichier électoral, par exemple, n’a pratiquement jamais été soumis aux partis de l’opposition, alors que la fraude reste, selon de nombreux citoyens, une pratique "courante", avec objectif d'octroyer la part léonine des sièges aux proches du pouvoir.
Aux législatives de 2012, par exemple, les 2 partis constituant le plus grand soutien d'Abdelaziz Bouteflika ont récolté respectivement 221 sièges et 70 sièges, constituant ainsi une majorité de blocage au sein de l’hémicycle où siègent, par ailleurs, 27 partis et 19 députés indépendants.
Pour ceux qui s’insurgent contre l’absence de transparence, le pouvoir oppose aujourd'hui la nouvelle constitution adoptée en février 2016 et qui apporterait toutes les "garanties" pour faire de ces opérations électorales des opérations propres. C’est à cet effet qu’une Haute Instante Indépendante de Surveillance des élections a été créée et mise en place.
Composée de 410 membres dont 205 magistrats proposés par le Conseil supérieur de la magistrature et 205 compétences indépendantes de la Société civile, cette haute instance a pour mission de veiller à « la transparence et la probité du scrutin » à sa préparation, à son déroulement ainsi qu'à la proclamation des résultats.
Le pouvoir affirme que cette nouvelle institution travaillera en toute indépendance. Elle va, sans aucun doute, être scrupuleusement scrutée par les partis de l’opposition qui n’ont cessé de réclamer une commission indépendante.
Autre disposition présentée comme une garantie supplémentaire est la réponse positive apportée par l’Union Européenne à la demande faite par le ministre des Affaires étrangères -Ramtane Lamamra- pour dépêcher des observateurs.
La présence d’observateurs de l’UE, pour beaucoup d’Algériens, ne peut en aucun cas constituer une garantie: puisqu'il faudrait autant de représentants de l’UE que de bureaux de vote, que ces représentants, ce qui ne semble pas réalisable.
L’absence criarde d’engouement citoyen
L’absence apparente d’engouement des citoyens est, sans aucun doute aussi, liée à l’image que projettent d’eux-mêmes les députés de l’actuelle législative: un doigt levé pour dire "oui" à toutes les propositions de loi du gouvernement et la quasi-inexistence de propositions de loi émanant des députés eux-mêmes.
Dans ce schéma, l'assemblée fait office, aux yeux d'une partie de l'opinion publique, d'une chambre d’enregistrement de la volonté du gouvernement. A cela s'ajoute l'image de députés se sucrant sur le dos du contribuable, en percevant des salaires mirobolants, et d'autres avantages (voitures, logements et primes diverses...).
Dans cette atmosphère extrêmement gênante, la crise financière bat son plein avec un pouvoir d’achat de plus en plus érodé.
Cela participe naturellement du désintérêt du citoyen lambda qui a perdu tout espoir de voir sa situation s’améliorer.
Toutefois, le pouvoir aura réussi à donner l’impression que le scrutin prochain fait l'objet d'un véritable engouement de la part de la majorité des partis de l’opposition (en dehors de 2 grandes formations) qui ont décidé d'y prendre part.
Dans sa quasi-majorité, l’opposition va prendre part au scrutin
Créée en 2014, l’Instance de concertation et de suivi de l’opposition ISCO qui rassemble plusieurs partis de l’opposition n’a pas résisté à la fissure au sujet de sa participation au scrutin du 4 mai prochain.
Il est vrai que, de par sa composition, qui va des partis les plus laïcs à ceux d'obédience islamique, radicaux compris, le consensus sur les aspects fondamentaux ne pouvait à terme durer. Une alliance quelque peu contre-nature qui a amené beaucoup de ces partis à se prononcer pour une participation et donc contre le boycott.
Les seules formations, de poids, à ne pas y prendre part, sont le parti de Jil Jadid du jeune Soufiane Djillali et de Taliaat Al Houriat de Ali Benflis. Pour ce dernier, "la prochaine assemblée sera façonnée dans le moule de la fraude et nous ne pouvons pas cautionner qui ne se cache même plus et qui se pratique à ciel ouvert".
Quant aux partis d'obédience islamique, c’est en rangs groupés qu’ils ont tenté de se présenter aux prochaines Législatives.
Les partis d'obédience islamique à la reconquête du pouvoir
Alors qu’ils étaient partie prenante de l’opposition, les partis d'obédience islamique en perte de vitesse tentent aujourd'hui de se repositionner en participant massivement aux élections et en nouant, également, des alliances entre eux pour peser plus fort.
Cette nouvelle stratégie a été rendue nécessaire à la suite de la nouvelle loi qui dispose qu’un parti sera dissous s’il réalise un score inférieur à 4% aux Législatives.
Elle n'est pas étrangère, non plus, au positionnement de ces partis dans l'optique de la Présidentielle de 2019.
Ainsi en est-il de l’alliance entre le mouvement de la Société pour la paix MSP de Abderrazak Makri et le Front du changement FC de Abdelmadjid Menasria, ou encore la nouvelle formation créée, dénommé l’Union pour Ennahdha (Renaissance), El Adala (Justice) et El Bina (Développement).
Ces alliances conjoncturelles résisteront-elles, toutefois, aux ambitions personnelles des uns et des autres ?
En tout état de cause, la participation des partis de l’opposition au scrutin législatif du 4 mai octroie au pouvoir en place, une crédibilité dont il a grandement besoin. Reste que la crédibilité réelle reste naturellement suspendue à la motivation des électeurs pour se rendre aux urnes. Celle-ci est encore loin d’être acquise.