AA/Abidjan(côte d’Ivoire)/Fulbert Yao
Le président du Front populaire ivoirien (FPI, opposition), Pascal Affi N’Guessan, a dénoncé lundi le procès en Assises qui s’ouvre, mercredi, contre les 83 personnalités proches de l’ex-chef d’Etat Laurent Gbagbo, dont lui-même de « procès politique »’ visant à « décapiter l’opposition à l’approche de la présidentielle de 2015 ».
«Avec ce procès nous sommes dans la troisième phase de la crise postélectorale. La première phase, a été la phase militaire. Elle visait à installer M. Ouattara au pouvoir par les armes. Cette phase a vu l'arrestation du président Laurent Gbagbo à la résidence officielle du Chef de l'Etat bombardé durant dix jours, suivie de sa déportation d'abord dans le Nord du pays puis à la prison de La Haye », a déclaré M. Affi Nguessan lors d’un point de presse lundi.
Toujours selon M. Affi, La seconde phase, a consisté à chasser « les pro-Gbagbo de toutes les institutions de l'Etat en les excluant notamment du processus électoral et en mettant en œuvre une politique d'épuration dans l'administration à travers le concept de rattrapage ethnique».
« Nous voici à présent, dans la troisième phase, la phase judiciaire. Elle est destinée à priver les pro-Gbagbo de leurs droits politiques à travers une véritable persécution judiciaire Il s'agit, en réalité, d'écarter des adversaires politiques par des artifices juridiques » a-t-il dénoncé.
Pour l'ancien Premier ministre ce procès est ‘'le pendant national du procès du Président Laurent Gbagbo à la CPI(Cour pénale internationale) »
Mercredi, devrait débuter à la Cour d’assises d’Abidjan le procès de 83 personnes dont Simone Gbagbo, l’ex-Première dame, Pascal Affi N’Guessan, Aké Ngbo et Michel Gbagbo, le fils de l’ancien président.
Tous sont cités à comparaître pour leur rôle présumé dans la crise postélectorale de 2010-2011. Ils sont accusés d’« atteinte à la sûreté de l’Etat, complot contre la défense nationale, atteinte à l’autorité de l’Etat, constitution et direction de bandes armées, attentat à l’ordre public ».
Réagissant aux propos d' Affi Nguessan, le porte parole du Rassemblement des républicains (RDR, parti au pouvoir) Joel Nguessan, a condamné cette sortie médiatique.
« Il est bon de rappeler à Monsieur Affi N’guessan que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les viols, les assassinats, les crimes économiques ne peuvent et ne seront jamais traités sous l’angle politique. Les personnes tuées, les milliers de victimes, les familles endeuillées et meurtries n’accepteraient jamais que les crimes restent impunis», a écrit Joel Nguessan dans un communiqué.
Pour M. Joel Nguessan, « La justice pénale est la seule et unique voie pour apaiser les cœurs. Prétendre qu’on doit faire un traitement politique pour des assassins et des commanditaires d’assassinats c’est avoir un mépris pour la vie humaine », conclu le texte.
La crise ivoirienne dite postélectorale a débuté après le second tour de l'élection présidentielle ivoirienne de 2010 et dont le résultat a mené à un différend électoral entre les candidats Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, actuel président, qui a vite tourné à l’affrontement entre leurs partisans. Elle a fait près de 3000 morts, selon l’ONU.