AA / Istanbul / Mariem Njeh
Face à la multiplication des alertes et des bilans humains dans la région des Grands Lacs, l'actualité sanitaire est de nouveau dominée par le spectre du virus Ebola. Déclarée officiellement le 15 mai 2026, cette nouvelle crise sanitaire met à l'épreuve les systèmes de santé de la République démocratique du Congo (RDC) et de l'Ouganda, dans un contexte géopolitique et sécuritaire extrêmement volatil.
Il s'agit de la 17e épidémie d'Ebola recensée en RDC, un pays de plus de 100 millions d'habitants.
Une souche virale spécifique : L'épidémie actuelle est provoquée par l'Orthoebolavirus bundibugyoense, une souche rare du virus Ebola.
Symptomatologie sévère : Après une période d'incubation de 2 à 21 jours, les patients souffrent d'une première phase de fièvre, de douleurs musculaires et de diarrhées. Après environ 10 jours, la maladie peut évoluer vers des complications neurologiques, respiratoires et des symptômes hémorragiques graves (saignements internes et externes).
Modes de transmission : Bien que le virus provienne originellement de mammifères sauvages, il se transmet rapidement d'homme à homme par contact direct avec les fluides corporels de personnes infectées (vivantes ou mortes) ou via des surfaces contaminées.
Absence de traitements homologués : La communauté scientifique mondiale fait face à une lacune critique : aucun vaccin ni traitement n'est actuellement autorisé et spécifiquement conçu contre la souche Bundibugyo.
Un mois après la déclaration de l'épidémie, les autorités sanitaires et les ONG s'inquiètent d'une propagation qui semble devancer les capacités de riposte.
Le bilan épidémiologique en RDC : Au 15 juin 2026, le ministère congolais de la Santé recensait 837 cas confirmés et 196 décès, établissant le taux de létalité à 23,4 %.
L'épicentre du virus : La province de l'Ituri demeure le foyer principal, concentrant à elle seule 91,6 % des cas de la RDC, précise le gouvernement congolais.
La situation en Ouganda : Le virus a franchi les frontières, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) rapportant 19 cas confirmés et deux décès en Ouganda, principalement liés à des transmissions transfrontalières.
Un pic épidémique à venir : Selon la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), le pire est à venir ; l'organisation estime que l'épidémie pourrait durer encore un an. Le manque de capacités de diagnostic laisse craindre que les données actuelles sous-estiment la réalité.
L'analyse géopolitique de la région est indissociable de la gestion de cette crise sanitaire. L'est de la RDC est une zone de conflit, ce qui complexifie la logistique médicale, affirme l'Organisation mondiale de la santé.
L'impact des violences armées : Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) souligne que l'escalade de la violence, notamment les affrontements au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, contraint fortement les opérations humanitaires et la riposte médicale.
Conséquences sur le système de santé : Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a rapporté une augmentation de 30 % des victimes de conflits traitées dans ses hôpitaux soutenus au Kivu entre la mi-mai et la mi-juin. Le CICR redoute que l'attention portée à Ebola masque les besoins critiques liés aux conflits armés.
Risque de transmission accru : Les déplacement de populations fuyant les combats augmentent le risque de dissémination du virus vers de nouvelles zones.
Défis opérationnels : La violence entrave le suivi des contacts, qui stagne à 64,4 % en RDC, bien en deçà de l'objectif sanitaire de 95 %. Des volontaires de la Croix-Rouge ont également subi des menaces et des agressions physiques sur le terrain, rapporte l'organisation.
Face à ce péril, une réponse multisectorielle, scientifique, financière et diplomatique, se met en place à l'échelle mondiale et continentale.
Mobilisation financière massive : L'Union africaine a sécurisé 910 millions de dollars de promesses de dons, dépassant largement les 518 millions requis pour le plan de réponse continental. Le G7 a salué les engagements existants, notant que les États-Unis prévoient d'allouer jusqu'à 500 millions de dollars spécifiquement pour l'effort contre Ebola, tandis que l'Union européenne apporte 84 millions d'euros en aide immédiate. Le Danemark a également octroyé 33 millions de couronnes danoises à l'OMS et à l'Africa CDC.
Course au vaccin et aux traitements : La Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) a activé son niveau d'urgence maximal pour faire avancer plusieurs candidats vaccins vers des essais cliniques. L'industrie pharmaceutique (IFPMA) étudie le repositionnement de traitements existants et teste des candidats vaccins spécifiques (rVSV, ChAdOx1, ARNm) dont la production de matériel clinique a débuté.
Souveraineté sanitaire africaine : Le directeur général d'Africa CDC, Jean Kaseya, milite pour le mécanisme africain d'achats groupés (APPM), soulignant l'urgence pour le continent d'investir dans la fabrication locale de contre-mesures médicales afin de réduire la dépendance extérieure.
Vigilance et solidarité régionales : Bien qu'aucun cas ne soit détecté sur son sol, le Rwanda maintient un suivi rigoureux et renforce sa détection précoce aux frontières. Parallèlement, la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), ainsi que des différents pays africains, ont rejoint les efforts continentaux pour renforcer les mécanismes de préparation et la collaboration transfrontalière.
Au-delà de l'urgence de terrain, cette crise sert d'avertissement direct pour les négociations en cours sur le futur Accord sur les pandémies.
La Fédération internationale de l'industrie du médicament (IFPMA) a alerté sur le risque que de nouvelles politiques restreignant l'accès aux données scientifiques n'entravent la capacité du secteur privé à développer rapidement des vaccins et des traitements face aux menaces émergentes.
L'organisation appelle les décideurs à préserver un système qui favorise la réactivité, le partage rapide des agents pathogènes et le maintien des investissements à long terme dans la recherche et le développement.
Face aux millions de voyageurs attendus pour la Coupe du monde, le G7 a affirmé son engagement à « renforcer la coordination entre les autorités nationales » et à « œuvrer à la cohérence » des procédures de voyage, de quarantaine et d'isolement applicables aux personnes ayant séjourné dans les régions touchées, « dans le respect des prérogatives nationales » et « conformément aux normes internationales les plus élevées en matière de santé publique et de sécurité ».
Le G7 a relevé que le conflit en cours dans l'est de la RDC « entravait l'efficacité des mesures de santé publique » et a appelé toutes les parties à honorer leurs engagements et à mettre pleinement en œuvre les Accords de Washington pour la paix et la prospérité ainsi que le Cadre de Doha.
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