Sibel Uğurlu
08 Septembre 2018•Mise à jour: 09 Septembre 2018
AA / Washington / Gulbin Yildirim
L'assaut contre l'économie de la Turquie doit être considéré comme un exemple de comment l'utilisation insensée de la pression économique comme arme politique présente des risques globaux sérieux, a déclaré le ministre turc du Trésor et des Finances, Berat Albayrak.
"En agissant de concert avec la Turquie maintenant, d'autres pays peuvent également aider à créer une stratégie commune pour éviter les crises artificielles dans l'avenir", a avisé Berat Albayrak dans son article publié le 7 septembre par le magazine américain "Foreign Policy".
Intitulé "On ne peut pas faire confiance à l'Amérique pour gérer l'économie mondiale", l’article revient en détails sur l’attaque économique contre Ankara, ses répercussions régionales et mondiales et la réaction de l’économie turque.
Après l'attaque injustifiée du président américain, Donald Trump, contre la Turquie, le monde doit se protéger du pouvoir économique de Washington, a estimé Albayrak.
"Au mois d’août, l'économie de la Turquie est devenue le principal sujet de la couverture médiatique mondiale. La raison était une attaque systématique sur l'économie turque par le plus grand acteur du système économique mondial, les États-Unis. Ce fut l'un des moments les plus décevants de l'histoire de l'alliance entre la Turquie et les Etats-Unis ", a-t-il expliqué, accusant l'Administration Trump d'attaquer ouvertement l'économie d'un autre membre de l'OTAN par des sanctions et des tarifs.
Albayrak a souligné que, malgré l'ampleur de l'attaque et les fluctuations des taux de change qu’elle a entraînées, l'incident a finalement démontré les fondamentaux solides de l'économie turque.
"Face à toute la propagande négative et aux attaques contre son système financier, l’économie turque a montré sa force. La structure financière et le système bancaire de la Turquie n’ont connu aucun changement fondamental au cours de cette période", a-t-il déclaré.
- L'indépendance de la Banque centrale turque
Albayrak a souligné l'engagement de la Turquie à créer un environnement favorable aux investisseurs et à prendre les mesures nécessaires pour remédier à plusieurs faiblesses économiques afin de prévenir d'éventuelles vulnérabilités futures.
L'indépendance, l'efficacité et le rôle de premier plan de la Banque centrale turque en matière de politique monétaire resteraient, selon lui, en tête des priorités du gouvernement, comme cela a été le cas ces 16 dernières années.
Contrairement à ce que certains ont suggéré, Albayrak a fait savoir que "ce n'est pas à notre ordre du jour d'aller au Fonds monétaire international".
"La Turquie continuera à sécuriser les réserves en devises des marchés internationaux comme cela a été le cas jusqu’à présent. Notre objectif est de faire en sorte que la Turquie continue d'attirer les investissements directs étrangers et de devenir un centre d'innovation, de recherche et de développement pour l'économie mondiale", a-t-il expliqué.
Albayrak a également estimé que l'attaque américaine sur l'économie turque a également augmenté la détermination de la Turquie à renforcer son économie par des réformes structurelles, de nouveaux partenariats commerciaux et l'attraction des investissements étrangers. Pour lui, Ankara est plus que jamais déterminée à prendre des mesures pour rééquilibrer la structure de l'économie internationale afin que les pays puissants comme les États-Unis ne soient plus capable de perturber unilatéralement la vie économique des autres.
Insistant sur le fait que la Turquie n'a jamais mis en œuvre des règles qui sont contraires aux principes du marché, Albayrak a déclaré: "Aucune crise ni agression financière ne peuvent affaiblir l'engagement de la Turquie à ces principes".
- "La Turquie n'est pas le seul pays ciblé par les États-Unis"
Le ministre turc a souligné que son pays n'était pas le seul pays à avoir été récemment ciblé par des sanctions américaines sous des prétextes politiques.
A ses yeux, l’utilisation unilatérale des tarifs douaniers par les États-Unis contre ses partenaires commerciaux en Europe, la Russie et la Chine a prouvé que le commerce international, la coopération et la stabilité doivent être garanties par une alliance plus forte entre les nations du monde entier.
Renverser cette tendance américaine nécessite, selon Albayrak, la prise de plusieurs dispositions pour épargner le système financier mondial et le commerce international.
Le monde, a-t-il estimé, est confronté à des défis incroyablement complexes et les menaces économiques de Washington constituent un sous-ensemble important de ces défis.
"Les sanctions unilatérales, l’incitation aux guerres commerciales et l’utilisation aléatoire d’armes économiques pourraient potentiellement déclencher une autre crise économique mondiale", a-t-il averti.
- La coopération et la solidarité entre la Turquie et l'UE relancées
Albayrak a déclaré que le gouvernement turc était ravi de voir de nouvelles opportunités prometteuses pour l’avenir de l’économie internationale dans le contexte de cette crise artificielle créée par les États-Unis.
"Nos amis européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, ont fait des déclarations qui indiquent clairement qu'ils comprennent que l'approche de Washington était erronée et dangereuse. L'esprit de coopération et de solidarité entre la Turquie et l'Union européenne a ainsi été relancé. Il s'est en effet avéré essentiel pour le bien-être politique et économique des deux côtés ", a-t-il détaillé.
Albayrak a également noté que la Turquie a été à l’avant-garde des plus importantes menaces pesant sur les pays occidentaux depuis plus de six décennies, dont notamment la lutte contre les organisations terroristes telles qu'Al-Qaïda et le soi-disant Etat islamique.
"Au cours de cette période, la Turquie est devenue un espoir pour des millions de réfugiés fuyant le régime brutal en Syrie et la cible des organisations terroristes qui veulent étendre la guerre dans ce pays à l'Ouest", a ajouté le ministre turc, soulignant que la Turquie est devenue une îlot de stabilité dans l'une des régions les plus instables du monde.
En adoptant des sanctions contre la Turquie, l’Administration Trump a invoqué le prétexte fragile d’une procédure judiciaire en cours impliquant un ressortissant américain ayant des liens étroits avec des activités terroristes visant la paix et la stabilité en Turquie. Les effets de la décision américaine était sans doute dramatiques, l’économie turque ayant connu des fluctuations immédiates.
Se référant au pasteur américain Andrew Craig Brunson, qui est assigné à résidence surveillée en Turquie sur des accusations de terrorisme, Albayrak a dit:
"L'utilisation éhontée de Washington d'armes économiques a servi comme un coup de semonce pour de nombreux pays et les investisseurs du monde entier. Elle a été reconnue comme risquée non seulement pour l'avenir de l'alliance entre La Turquie et les États-Unis mais aussi pour les marchés mondiaux ".