AA - Strasbourg - Bilal Muftuoglu
Les députés des délégations allemande, française et italienne auprès de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) ont appelé les pays européens à faire plus que ''remercier'' les pays acceptant un très grand nombre de réfugiés en provenance de Syrie et d'Afrique, à l'instar de la Turquie, le Liban et l'Italie.
Les députés allemands Tobias Zech (CSU/CDU), Andrej Hunko (Die Linke), la sénatrice du Parti socialiste (PS) en France, Josette Durrieu et la députée italienne Milena Santerini (Per l'Italia), se sont exprimés à Anadolu en marge de la session d'été de l'APCE sur la crise de réfugiés syriens et africains.
Dans leurs commentaires, Zech, Hunko et Durrieu, trois membres de la délégation de l'APCE récemment en visite des camps de réfugiés syriens dans le sud de la Turquie, ont estimé que l'Union européenne (UE) doit mettre en œuvre des mesures plus concrètes en vue de partager le fardeau avec la Turquie.
Se disant "impressionné" par le niveau d'accueil dans les camps en Turquie, Zech a indiqué: "L'Europe demande toujours d'agir sur la question des réfugiés syriens et remercie la Turquie, mais il faut faire davantage que des remerciements''.
A l'égard des aides concrètes que l'UE puisse proposer à la Turquie, le député allemand a préconisé un soutien financier en premier lieu, suivi d'une aide au développement dans les camps. Une politique commune sur les réfugiés syriens est aussi nécessaire, a-t-il ajouté.
Selon le député du groupe parlementaire chrétien-démocrate, la guerre civile en Syrie et ses effets collatéraux ont été mis à l'ombre en Europe, confrontée au flux des migrants africains. "La volonté politique pour accueillir davantage de réfugiés syriens existe bel et bien au sein de l'UE", assure Zech soulignant que la priorité reste tout de même la question des migrants africains.
Outre les services offerts aux Syriens en Turquie, l'hospitalité du peuple turc facilite le séjour de ces derniers dans le pays, a tenu à souligner Hunko. Evoquant les récentes mesures de l'UE contre les trafiquants des migrants, le député du Linke a soutenu que les politiques européennes cherchent à "repousser" les réfugiés contre l'approche de Turquie.
D'autre part, il faut s'attaquer à la source à l'origine de l'exode massif des individus depuis la Syrie et l'Afrique et non pas à la question des réfugiés, ont insisté les députés européens.
"L'UE réglemente même les péages en Allemagne mais ne parvient pas à proposer une vision commune vis-à-vis de la crise syrienne", a ironisé Zech.
Hunko a mis l'accent de son côté sur la nécessité d'un débat sur les conditions de rétablissement de la paix en Syrie outre l'accueil des réfugiés syriens.
"Le nombre des réfugiés syriens ne cessera d'augmenter tant que la paix ne s'installe en Syrie", a-t-il averti.
A l'égard de la question des réfugiés africains, "il faut aussi comprendre la responsabilité de l'Europe dans l'exploitation économıque des pays africains", a précisé la députée Santerini. Une vraie coopération entre l'UE et les pays africains pourrait créer de l'emploi en Afrique et baisser l'émigration depuis le continent, a-t-elle estimé.
Les députés européens ont finalement noté que les organisations internationales, à l'instar de l'UE et des Nations unies (ONU) devront venir en aide aux pays confrontés, seuls, au flux des réfugiés aux frontières de l'Europe, dont la Turquie, l'Italie et la Grèce.
La sénatrice française Durrieu a regretté à cet égard le caractère "improvisé" et l'effet "temporaire" des mesures entreprises par les pays individuels pour l'accueil des réfugiés.
"L'Onu doit anticiper ces problèmes et définir un droit des migrants'', a-t-elle affirmé, appelant l'organisation internationale à prendre l'initiative sur le sujet.
Santerini a fait part de sa préoccupation face à une politique de fermeture de la "forteresse" européenne et à des mesures bénéfiques aux partis populistes du Vieux Continent.
"SI l'UE ne coopère pas assez avec l'Italie, l'Italie se verra obligée de prendre des mesures unilatérales, notamment en délivrant des visas temporaires ou des permis humanitaires pour permettre aux refugies d'aller au-delà des frontières italiennes", a-t-elle conclu.