Esma Ben Said
24 Novembre 2017•Mise à jour: 24 Novembre 2017
AA/Kinshasa/Joseph Tsongo
Le parc des Virunga le plus ancien et le plus riche en espèces animales de la République démocratique du Congo (RDC) traverse des moments ardus. Exploité depuis des années par des groupes armés sévissant dans l'Est de la RDC, le site naturel affronte des menaces qui ne cessent de s’amplifier et de s’accroître.
Depuis des années, des centaines de familles s'y sont, en effet, installées, pour planter et cultiver une terre connue pour sa fertilité et gagner ainsi leur vie, affectant, par conséquent, lourdement la faune et la flore du parc, fondé en 1925 et classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
-Situation sécuritaire dégradée
Constituant un bastion des groupes armés, le parc le plus vieux du continent africain héberge les forces rebelles des «Maï-Maï» et les rebelles ougandais de l’ADF très actifs dans la région.
Outre ces milices locales d’auto-défense qui naissent et s'épanouissent dans ce plus vieux parc d’Afrique, les rebelles rwandais des FDLR, sévissant dans la région depuis les années 1993, se sont installés dans la partie centrale du parc national des Virunga.
La présence de ces groupes armés aussi bien locaux qu'étrangers dans l'Est du pays, ne fait qu'aggraver davantage la situation.
-Abus, massacres et déforestation
Les attaques contre les habitants mais aussi contre les représentants de l'ordre, ne cessent de se multiplier. En aout dernier, une équipe de patrouille de 18 gardes du parc des Virunga a été attaquée, par un groupe de présumés miliciens Maï-Maï. Des sources locales et celles de l’Institut congolais de conservation de la nature (ICCN) ont confirmé la mort de trois gardes de parc et la disparition d’un autre.
Les groupes armés tristement célèbres pour leurs atrocités, harcèlent également les pêcheurs et agriculteurs de la région. « Ils enlèvent et tuent les habitants de la région ou pillent les biens de ceux qui empruntent le parc », explique Kambunda, ancien commerçant habitant au voisinage du parc.
En octobre dernier, six pêcheurs enlevés par des éléments armés sur le lac Edouard près de Vitshumbi environ 22 km au nord-est de la Rwindin (Est) ont été relâchés après paiement d’une rançon de 400 dollars par personne, a appris Anadolu d’une source sûre.
Durant la même période, des miliciens avaient confisqué 32 moteurs hors-bords des pêcheurs qui avaient refusé de payer une taxe hebdomadaire de 10 dollars qu’ils imposent. Pour récupérer leurs engins, ces pêcheurs ont dû verser 60 dollars par moteur, selon des médias locaux.
Mais même s'il fait face aux attaques récurrentes des miliciens, le site naturel ne peut pas compter sur une présence permanente des militaires. Le porte-parole des opérations militaires Sokola 2, le major Ndjike Kaiko a en effet expliqué à une radio locale que l’armée peut seulement intervenir contre les miliciens dans le parc des Virunga et doit quitter le site après chaque opération.
«Nous n’avons pas l’autorisation de rester dans le Parc. Lorsque nous sommes alertés par rapport à la présence des groupes armés, nous allons, nous les mettons hors d’état de nuire, mais c’est aux gardes du parc de continuer à sécuriser la zone », a-t-il poursuivi.
Par ailleurs, depuis des décennies, le Parc des Virunga, inscrit au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco est soumis à une forte pression de la part des charbonniers qui en abattent les arbres pour alimenter en charbon de bois (Makala) la ville de Goma (Est).
Ainsi, la déforestation constitue l’une des principales menaces pour le parc des Virunga. Le taux de cette déforestation est considérable étant de l’ordre de 1% par an depuis des années, selon l’organisation mondiale de protection de l’environnement WWF (World Wild Fund en anglais).
Le danger est d’autant plus grand que les massacres, les violations et la terreur des tueries et des enlèvements qu’exercent les éléments armés occupant le territoire.
-Quel avenir ?
Évoquant ce contexte de danger, le major Ndjike Kaiko a assuré que l’armée travaille actuellement pour que le lac Edouard et ses alentours soient sécurisés d’une manière définitive.
Les associations mondiales de lutte pour l’environnement comme le WWF, ont lancé des programmes de protection de l’écosystème dans le but de préserver la biodiversité qui distingue le parc des Virunga.
Le programme Eco-Makala, lancé par le WWF, a permis, de 2007 à 2016, la plantation de 10 mille hectares d’arbres à croissance rapide (eucalyptus, acacia, grevillea, cedrela et senna), a expliqué la responsable du projet, Mone Van Geit lors de la conférence Sustainable Energy for Africa, organisée du 24 au 26 octobre à Bruxelles.
Selon l’UNESCO, le parc national des Virunga s’étend sur 790 mille hectares. Il compte d'importantes richesses aussi bien en termes de faune que de flore.
Quelque 20 mille hippopotames peuplent ses rivières, les gorilles de montagnes y trouvent aussi refuge et des oiseaux en provenance de Sibérie viennent y passer l’hiver.