Esma Ben Said
24 Novembre 2017•Mise à jour: 26 Novembre 2017
AA/Malabo/Fabien Essiane
C'est une journée fort animée à Malabo II, extension de la capitale administrative équato-guinéenne.
Pourtant, habituellement les rues de ce grand quartier ministériel sont souvent vides et seuls quelques fonctionnaires, pressés, cartables à la main, montent sans bruit vers leur bureau.
Une fois n'est pas coutume, le siège du ministère des Télécommunications et des nouvelles Technologies grouille du monde, "venus de presque tous les ministères" tôt ce matin.
La raison de ce « grand » rendez-vous, nous dit-on c’est l’élaboration d’un plan de mise en application du gouvernement électronique ou encore E-gouvernement. Un nouveau concept que la Guinée Équatoriale s’apprête à lancer d’ici 2020, confie un fonctionnaire du ministère des télécommunications.
Face à la montée fulgurante du numérique à travers, l’idée de la numérisation de l’administration publique de la Guinée Équatoriale a commencé à germer ces dernières années.
Le pays entreprend ainsi de moderniser son administration publique. Cependant, l’accès à internet très coûteux, demeure une problématique majeure. A titre d’exemple, pour surfer dans un cybercafé pendant une heure, il faut débourser 1,80 dollar.
De ce fait, le premier objectif consiste à faciliter l’accès à internet, former le personnel et inclure la numérisation dans les habitudes des équato-guinéens.
L’ORTEL (organe régulateur des télécommunications) créé en 2005, a pour but de surveiller les conditions de concurrence sur le marché, de protéger les utilisateurs d’internet, ainsi que de respecter les conditions d’exploitation et de la prestation des services publics et autres activités de télécommunications.
Cet organe veut désormais vulgariser l'accès à internet.
Dans une déclaration accordée à Anadolu, Hermogenes Nzang Esono, Directeur général de l’ORTEL explique que l'ORTEL a déjà mis sur pied, dès 2016, un "plan choc" pour réduire considérablement les coûts des télécommunications et de navigation internet.
L’objectif consiste à exiger aux opérateurs, la conformité de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information par rapport aux normes du gouvernement, de l’Union internationale des télécommunications et de l’Union africaine des télécommunications en vigueur et créer un data center.
"Nous comptons booster et élever le débit de la connexion internet. Nous sommes en train d’installer sur toute l’étendue du territoire, des concentrateurs Ethernet (Hub)", dit-il.
" Le gouvernement s’appuiera sur notre collaboration pour mettre en place la gestion administrative par internet. Ainsi, en tant que régulateur du secteur des télécommunications, nous allons accompagner l’administration dans sa marche vers l’E-gouvernement. Les mécanismes mis en place permettront d’améliorer le secteur des télécommunications et les gestion électroniques de l’administration », a-t-il poursuivi.
Au-delà d’une informatisation de procédures et des processus existants, l’E-gouvernement ou Gouvernement électronique, requiert une configuration en profondeur, sur la base d’une compréhension fine du fonctionnement d’une administration publique. Ce qui n’est pas encore le cas en Guinée Équatoriale, mais qui prend progressivement place dans la vie administrative du pays.
Le processus représente un pont entre le passé et l'avenir. L'ordinateur est utilisé aujourd'hui de façon non conventionnelle en Guinée Equatoriale. C'est-à-dire comme une simple machine à écrire et imprimer. Ce projet va éliminer cette pratique et faire de l'ordinateur un instrument fondamental de la réforme. 2000 ordinateurs seront destinés à titre d’exemple au Premier ministère.
« Effectivement avec une connexion Internet l'ordinateur devient un puissant outil de collaboration économique. Appuyé par un centre de données unique, des services comme, internet, la vidéo conférence et l’accès sécurisé deviennent disponibles à tous les fonctionnaires » a ajouté Hermogenes Nzang Esono.
De l’avis d’Anselmo Ebiaca Moete, directeur adjoint du CENIAPGE (Centre national pour l’informatisation de l’administration publique de Guinée équatoriale), « l’année 2018 sera celle du lancement de nombreux projets d’E-gouvernement en Guinée Equatoriale notamment avec l’ouverture du Guichet unique en janvier ».
En 2016, le Secrétariat permanent de la gouvernance nationale des communications électroniques au Ministère des Télécommunications et des Nouvelles Technologies, chargé de la Promotion des Nouvelles technologies de l’information et de la communication a été créé par le chef de l’Etat Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.
Jose Luis Nsue Manãna Oye, directeur général des télécommunications au Ministère des télécommunications et nouvelles technologies, parlant des ambitions du pays en matière d’e-gouvernement, confie qu’« Il était nécessaire de commencer par un investissement dans un consortium qui s’appelle, Africa Cross to Euro, qui avait pour but de nous connecter au Câble sous-marin à partir de la France".
"Nous avons plusieurs entreprises gouvernementales comme le CENIAPGE qui est en charge de l’informatisation de l’administration du pays. Sa première phase avait consisté à mettre donc sur pied un plan pour cette informatisation. Maintenant, nous attendons l’application de ce plan d’ici 2020", dit-il.
"Il y a de même le GITGE (Gestionnaire des infrastructures de télécommunication de la Guinée Équatoriale) qui s’occupera de toute cette infrastructure sur toute l’étendue du territoire. Nous travaillons à ce que d’ici 2020, tous les équato-guinéens puissent avoir accès à internet à un très bon prix. Et jusqu’aux coins les plus reculés du pays. C’est notre ambition première", a-t-il expliqué.
L’E-gouvernement concernera l’ensemble de l’administration publique de la Guinée Équatoriale. De la Présidence de la République au Premier ministère en passant par l’Assemblée nationale, le Sénat, les ministères et leurs services internes et externes. Une refonte en profondeur pour le pays.