Togo: Pouvoir et opposition cherchent médiateur désespérément
- Des voix s’élèvent déjà pour demander aux Nations-unies de prendre les devants
Nadia Chahed
28 Septembre 2017•Mise à jour: 29 Septembre 2017
TogoAA/ Lomé/ Alphonse Logo
Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations-unies a demandé au Premier ministre togolais, Komi Sélom Klassou d’engager un dialogue constructif pour trouver une sortie de crise. C’était à l’occasion d’un entretien tenu, récemment, à New York, à l’occasion de la 72ème Assemblée Générale de l’ONU.
Guterres a encouragé le gouvernement et tous les acteurs politiques à s'engager dans un dialogue constructif dans le cadre de discussions sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles, selon les services de l’ONU.
Vendredi dernier, dans un communiqué conjoint rendu public à Lomé, la délégation de l’Union Européenne, la Coordination du Système des Nations-unies, et les ambassades d’Allemagne, des États-Unis d’Amérique et de France au Togo, tout en déplorant «les violences qui se sont produites dans les villes de Mango et de Bafilo», ont encouragé tous les Togolais à s’inscrire dans «un dialogue pacifique en vue de l’adoption de réformes constitutionnelles permettant de renforcer la démocratie au Togo et de préparer sereinement les élections locales et législatives en 2018». Le tout dans l’esprit de l’Accord Politique Global de 2006.
«Il est clair que ces appels sont un désaveu pour le pouvoir togolais qui est dans la logique d’un référendum. Les Nations-unies privilégient la voie du dialogue et je pense que c’est un message que le Secrétaire Général des Nations unies a envoyé à M. Faure Gnassingbé», analyse Marcel Folly, politologue togolais.
Pour lui, face à l’enlisement du débat politique actuel, avec des positions tranchées et des affrontements, «seul le dialogue peut permettre d’éviter le chaos».
«J’espère que cet appel sera entendu et que la sagesse va animer les différents acteurs pour ne pas s’enliser davantage dans la crise. Après, se posera la question sur le ‘comment ?’ et ‘avec qui’ organiser ce dialogue constructif», ajoute Folly.
Dialogue, si oui, sous la direction de qui ?
Alors que ni le gouvernement, ni l’opposition n’a encore réagi à cet appel du secrétaire général des Nations-unies, le mouvement Martin Luther King, un important mouvement de défense des droits de l’Homme au Togo a appelé, lundi, les Nations-unies à prendre l’initiative de ce dialogue.
«Le Mouvement Martin Luther King salue l’appel de l'Organisation des Nations-unies (ONU) lancé aux acteurs de la classe politique togolaise à un dialogue constructif, mais souhaite que cette initiative soit placée sous sa propre conduite pour toute fin utile», écrit le président Past Edoh Komi dans un communiqué parvenu à Anadolu.
«Compte tenu de la forte méfiance qui s’est installée entre les acteurs politiques togolais, les Nations-unies ont intérêt à s’y impliquer de sitôt pour éviter un autre foyer de tension», détaille Edoh Komi qui recommande au gouvernement togolais de créer des conditions favorables à ce dialogue, parlant de «libération des militants de l’opposition incarcérés dans les prisons du Togo, l'arrêt des poursuites engagées contre certains manifestants et le retour dans les casernes des forces de sécurité et de défense encore déployées dans certaines villes du Togo et dont leurs actions indisposent les populations».
La Conférence des évêques disqualifiée
Depuis la prise de position, de la Conférence des évêques du Togo sur «le retour à la constitution de 1992», les évêques sont accusés par les proches du président de la République togolaise «d’opposant», alors qu’ils ont clamé par les proches de l’opposition qui pensent «qu’ils sont du côté du peuple togolais».
«Les évêques qui, dans les conditions actuelles peuvent aider à résoudre la crise en rapprochant les deux camps, ont pris position. Pour ma part, ils sont disqualifiés», a indiqué Fambaré Ouattara Natchaba, un ancien du pouvoir sur une chaine locale vendredi.
Il recommande, pour sa part, d’organiser «une rencontre entre Faure Gnassingbé, chef de l’Etat et Jean Pierre Fabre, chef de file de l’opposition en tête à tête», pour régler la crise actuelle.
La semaine dernière, les manifestations dans le pays ont fait quatre morts selon l’opposition togolaise qui annonce trois autres journées d’action cette semaine. Du coup, une mobilisation se profile pour «imposer au pouvoir le retour à la constitution de 1992».